Une tragédie lourde de conséquences:
Comment Constantinople fut pillée par ses alliés chrétiens ?
Le pape se nomme Innocent III (1198-1216),
élu à l'unanimité à
l'âge de 38 ans,
ce qui est rare à l'époque, (mais
faux puisqu'il y avait aussi un anti pape, peut-être élu
aussi à l'unanimité, les sources vaticanes sont
partisanes). Il avait
écrit un
livre sur le mépris du monde et la misère de
l'homme.
En Allemagne, Frédéric II, roi des romains, n'a
que deux ans et sa mère
Constance reconnaît Innocent III comme tuteur et
administrateur du
royaume.
Mais Philippe Auguste est favorable au duc Philippe de
Souabe,
oncle du
petit, et Richard coeur de lion, roi d'Angleterre s'est
déclaré pour
Othon, alors duc d'Aquitaine; Philippe, et Richard ne sont pas en bons
termes, Philippe étant rentré de la IIIe croisade
avant
Richard pour le déposséder avec l'aide de barons
félons qu'Aliénor a eu du mal a contenir et
qu'elle vient
de ruiner ou presque pour payer la rançon de Richard fait
prisonnier des Autrichiens à son retour de croisade,lequel
meurt
en réglant ses comptes à Chalut en 1199.
Le pape investit aussitôt le jeune
Frédéric II du royaume de Sicile (alors aux mains des normands),
du duché de Pouille, des principautés de Capoue,
de
Naples, de Salerne, d'Amalfi et de la province de Marsi, comme fiefs du
Saint-Siège, avec obligation pour l'impératrice
Constance
de payer à l'église romaine le tribut convenu et
de
prêter hommage lige au pape.
Le pape règle aussi ses comptes à Rome, il chasse
le
sénateur de Rome et en nomme un autre, il oblige le
préfet de Rome a lui prêter hommage lige, il
expulse des
podestats nommés par le peuple...
Le pape et Philippe Auguste ont aussi un litige concernant
Agnès
de Méranie, maîtresse de Philippe Auguste, le pape
lui
impose de l'éloigner ce que fit Philippe en l'enfermant au
château de Poissy en 1200 où elle mourra peu
après,
mais Philippe ne rappelle pas son épouse légitime
Ingelburge, fille du roi de Dannemark, qu'il a
épousé en
1196. Innocent III condamne Philippe Auguste de bigamie et lance
l'interdit sur le Royaume en 1199, Philippe s'appuie sur le haut
clergé qui refusera la sentence .
C'est dans ce contexte tumultueux que le pape lance la
quatrième
croisade, quelques mois après son élection.
Après
l'échec de la précédente croisade,
l'Europe
était réticente à engager une
autre campagne
militaire en Terre sainte. En 1198, le pape aborde
le sujet
d'une nouvelle expédition à travers des
légats et des lettres encycliques. En 1199, une taxe a
été prélevée sur
tous les revenus, (en sus de la dîme saladine?) qui deviendra
plus tard le précédent pour
les impôts papaux systématiques. Grâce
au
prêche de Foulques de Neuilly (?,†1201)
qu'il a mandaté en 1198,
la
constitution d'une armée croisée fut finalement
décidée lors d'un tournoi à
Écry sur Aisne,
par le comte Thibaut III de Champagne (1179,†1201)
qui en devint le chef, en novembre 1199. Les autres chefs
envoyèrent au cours de l'hiver 1200-1201 leurs
émissaires. Geoffroy de Villehardouin, auteur en ancien
français de " De la Conquête de Constantinople",
est
envoyé pour négocier à Venise avec le
puissant
Doge Enrico Dandolo
(1107,†1205),
lequel a des privilèges commerciaux
considérables au
sein de l'empire byzantin, un contrat de transport
jusqu'à
l'Égypte qui était alors le centre de l'empire
ayyoubide.
Ce pays était assez riche et fertile pour qu'une grande
armée de croisés trouve à s'y nourrir,
ce qui
n'était nullement garanti en Syrie. De plus la
conquête de
l'Égypte devait porter un coup fatal aux musulmans.
Gênes autre cité contactée
déclina
l'offre, mais Venise, alors la principale puissance maritime de
Méditerranée, accepta d'affréter le
nombre
suffisant de navires pour transporter 30 000
croisés, et
4500 chevaux moyennant une répartition égale des
conquête et une somme considérable. Thibault de
Champagne
étant mort le 24 mai 1201, il fut remplacé par le
seigneur italien Boniface de Montferrat.
Au cours de l'été 1202, l'armée
croisée se
réunit à Venise, sur le Lido, mais elle
s'avéra
beaucoup moins nombreuse que prévu. Le vieux et aveugle doge
de
Venise, Enrico Dandolo, refusa le départ des navires avant
le
versement par les croisés de la totalité du
montant
prévu : 85 000 marcs d'argent. Les croisés ne
purent en
verser que 51 000, et durent même pour y arriver en
être
réduits à la plus extrême
pauvreté.
Finalement, Dandolo accepta de reporter la dette, en échange
de
quoi la puissante armée devait reprendre le port de Zara en
Dalmatie, ancienne possession vénitienne passée
sous la
souveraineté d'Émeric, le roi de Hongrie, dont
les terres
étaient sous protection pontificale depuis sa prise de croix
en
1195 ou 1196. Dandolo se croisa durant une
cérémonie
à la basilique Saint-Marc de Venise, puis il dirigea la
flotte
des croisés contre Zara. Ils y arrivèrent la nuit
du 11
novembre. De nombreux croisés étaient
opposés
à cette attaque fratricide contre des catholiques et
certains
rentrèrent chez eux, dont une division commandée
par
Simon IV de Montfort. Les citoyens de Zara pendirent des
bannières portant des croix latines à leurs
fenêtres pour montrer qu'ils étaient
également
catholiques, mais cela n'empêcha ni la prise ni la mise
à
sac de la ville. Les Vénitiens et les croisés
furent
immédiatement excommuniés pour cet acte par le
pape
Innocent III en 1202.
Boniface, qui dirigeait la croisade, avait cependant quitté
la
flotte avant son départ de Venise. Les raisons de ce
départ sont sujettes à débat : il
avait
peut-être compris les plans vénitiens et voulait
éviter l'excommunication. Ou bien voulait-il rencontrer
Alexis
IV Ange, beau-frère de Philippe de Souabe et fils de
l'empereur
byzantin Isaac II Ange, réfugié chez Philippe
après l'usurpation du trône par son oncle Alexis
III Ange.
Isaac II avait en effet été
dépossédé en 1195 par son propre
frère et
était gardé prisonnier dans les geôles
de
Constantinople, où il avait été
aveuglé.
Alexis IV proposa alors à Boniface de payer la dette des
croisés envers Venise en échange de leur aide
pour
récupérer le trône de Constantinople.
Il promettait
aussi l'aide de troupes byzantines pour la conquête de
l'Égypte. Peut-être Boniface se rappelait-il aussi
de son
propre frère, Conrad de Montferrat, qui avait
épousé une des filles de l'empereur byzantin
Manuel Ier
Comnène mais avait quitté l'empire vers 1190,
à la
suite de scandales. Boniface puis Alexis rejoignirent donc la flotte
des croisés à Zara, avant le départ de
l'armée pour Corfou.
Après une escale sur l'île, en avril 1203,
croisés
et Vénitiens naviguent un mois durant à travers
les mers
Ionienne et Égée, jusqu'à finalement
atteindre le
Bosphore.
L'armée croisée s'installa d'abord sur la rive
asiatique
du Bosphore, à Chrysoupolis, où elle chercha
vainement
à provoquer une révolte populaire ou une
révolution de palais en présentant à
la population
Alexis IV monté sur un navire. Celui-ci et ses
alliés
« latins » avaient cependant surestimé
le soutien
qu'ils pouvaient avoir dans la capitale byzantine, qui resta
fidèle à Alexis III Ange. Les croisés
et les
Vénitiens se résolurent alors à mettre
le
siège à la cité impériale,
réputée imprenable. Profitant de l'absence de la
marine
byzantine alors aux prises avec les Seldjoukides sur les
côtes
d'Anatolie et autour des îles, les croisés et les
Vénitiens s'emparèrent de la Corne d'Or et y
abritèrent leur propre flotte. De là, ils purent
lancer
un double assaut : les Vénitiens attaquèrent les
remparts
maritimes, plus vulnérables, tandis que les chevaliers
croisés assiégeaient de leur
côté les
remparts à proximité du palais des Blachernes.
L'attaque
eut lieu le 17 juillet 1203. Alexis III Ange envoya ses troupes
à l'extérieur des murs pour un assaut sur les
croisés. Surpris, ces derniers furent pris de panique, mais
l'armée byzantine, plus nombreuse mais moins
entraînée que celle des « latins
», fit
demi-tour et rentra dans sa ville. Les Vénitiens qui avaient
réussi à conquérir une partie des
remparts durent
payer un lourd tribut en vies humaines aux Varègues, qui
constituaient la garde impériale d'Alexis III Ange. Voyant
les
Vénitiens maîtres des remparts, Alexis III prit la
fuite
à la nuit tombée, laissant sa famille dans la
ville.
Isaac II fut libéré des geôles et
réinstallé comme empereur par les
autorités
byzantines, permettant ainsi d'éviter un nouvel assaut et le
pillage de la ville. Alexis IV fut ensuite couronné
co-empereur
le 1er août, après que son père eut
accepté
de ratifier les conditions qu'il avait proposées aux
croisés.
Après une trêve un deuxième
siège s'ensuivit:
Le siège de Constantinople de 1204 par les
Croisés
(encore dénommés « Latins »
ou « Francs
») fait suite au premier siège et aboutit
à la
prise et au saccage de la capitale de l'empire romain d'orient (ou
Empire byzantin).
Au cours de la nuit, des croisés allument, pour se
protéger, un mur de feu qui incendie plus encore la ville.
Le 13
avril 1204 Constantinople est pillée par les croises. Les
vénitiens se sont joués de l'enthousiasme des
croisés pour détourner l'expédition
contre
Byzance. L'autel de Ste Sophie est mis en pièces. Les
croisés installent un patriarcat latin qui subsistera
jusqu'en
126. Pour survivre l'empereur doit céder de
précieuses
reliques: Louis IX acquiert la couronne d'épine, pour
laquelle
il construira la sainte chapelle. Les chrétiens orthodoxes
n'
oublieront jamais.
En dépit de leur serment et d'une menace d'excommunication,
les
Croisés infligent à Constantinople un horrible et
sauvage
pillage pendant trois jours au cours desquels de nombreuses
œuvres grecques et romaines anciennes et
médiévales
sont détruites ou volées, les sanctuaires et les
palais
étant pillés.
Il a été dit que le montant total
pillé à
Constantinople était d'à peu près 900
000 marcs
d'argent. Les Vénitiens ont reçu 150 000 marcs
qui leur
étaient dus, alors que les Croisés ont
reçu 50 000
marcs. 100 000 autres marcs d'argent ont été
répartis entre les Croisés et les
Vénitiens. Le
reste des 600 000 marcs d'argent a été
secrètement
gardé par de nombreux chevaliers.
Tandis que les marchands vénitiens s'arrogent le monopole du
commerce entre Orient et Occident et même un droit de regard
sur
l'élection du patriarche, les Francs se partagent les
dépouilles de l'empire. L'un des
leurs, Baudouin VI
de Hainaut se voit couronné empereur « latin
» sous
le
titre de Baudoin Ier de Constantinople dans la cathédrale
Sainte-Sophie et devient le premier titulaire de l'empire
latin
d'orient. Il brise aussitôt l'administration relativement
moderne
de l'empire grec et lui substitue une mosaïque de
principautés féodales comme le royaume de
Thessalonique
et la principauté d'Achaïe, dans le
Péloponnèse.
Baudouin 1er fonde l'empire latin de Constantinople
(Romanie)et
les Byzantins se replient en Asie et fondent l'Empire de
Nicée
(1204-1261).
Le saccage de Constantinople est l'un des épisodes majeurs
du
conflit entre les chrétientés grecque d'Orient et
latine
d’Occident.
En 1204, l'empire byzantin déjà presque
millénaire
est blessé à mort après 25
années de
troubles dynastiques et de crises à
répétition. La
surprise vient de ce que les agresseurs ne sont en rien l'un des
ennemis impitoyables de l'empire mais ses prétendus
alliés et amis : des marchands vénitiens et des
chevaliers francs.
En Occident, quelques clercs justifient tant bien que mal l'action des
croisés francs et des marchands vénitiens en
sortant de
l'oubli une bulle d'excommunication vieille de 150 ans qui ferait des
orientaux des hérétiques ou des schismatiques
indignes du
qualificatif de chrétiens !
Huit cents ans après la quatrième croisade, le
pape
Jean-Paul II a exprimé à deux reprises sa douleur
au
sujet des événements de 1203-1204. En 2001, il a
écrit à Christodule Ier, archevêque
d'Athènes, en disant : Il est tragique que les assaillants,
qui
visaient à garantir le libre accès pour les
chrétiens de Terre Sainte, se retournèrent contre
leurs
frères dans la foi. Le fait qu'ils soient
chrétiens
latins remplit les catholiques d'un profond regret.
Un site incontournable :
http://www.agiasofia.com/emperors/fall1204.html
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