Façade romano-gothique
de l'église
Sainte EULALIE de BENET (85)

Textes ex pages 249-251 de "VENDÉE ROMANE" Collection Nuit des temps de la revue Zodiaque
Photos d'Alain Deliquet


C'est entre Fontenay-le-Comte et Niort, dans la plaine monotone aux immenses horizons, où se dressent des noyers géants, qu'il faut aller trouver la très remarquable façade romane que nous allons étudier. Cette partie du Poitou n'est guère visitée par les touristes, et les archéologues ne se sont pas assez longuement arrêtés devant Sainte-Eulalie de Benet-sous-les-Noyers.

L'origine du prieuré auquel appartint ce monument est inconnue. On sait seulement qu'en 1088, Pierre de Niort et son frère Étienne firent don de la moitié de l'église de «Benays» à la célèbre abbaye bénédictine Saint-Jean à Montierneuf que le comte de Poitou et duc d'Aquitaine Guy Geoffroy avait fondée, en 1075, à Poitiers. Aucun vestige de cette église du XI siècle n'a subsisté.


 

La façade actuelle, qui est du dernier tiers du XIIe siècle, fut, peut-être, élevée grâce aux importants privilèges qu'en 1189 la duchesse Aliénor octroya à l'église de Benet.

Nous ignorons si le vaisseau fut reconstruit au XIIe siècle; le vaisseau du monument actuel est des XIVe et XVe siècles.

La façade romane de Sainte-Eulalie, jadis une des plus harmonieuses et des mieux décorées du Poitou, a été défigurée par les architectes gothiques qui reconstruisirent le monument sur un plan plus vaste. Pourtant ils conservèrent la vénérable façade dont la parure sculpturale devait susciter leur admiration; mais, comme elle ne se trouvait pas avoir la largeur du nouveau vaisseau et la résistance voulue pour contrebuter les voûtes gothiques, ils dressèrent les deux disgracieux éperons diagonaux qui l'encadrent et, au droit des contreforts romans qui flanquent la porte, ils élevèrent d'autres contreforts, plus puissants, auxquels ils firent porter la voûte du porche. L'emplacement de ces deux contreforts prouve que l'église romane avait une nef aussi large que la nef actuelle; mais ses bas-côtés, assez étroits, selon l'usage poitevin, correspondaient aux groupes de trois colonnes, encore visibles, qui appartenaient aux tourelles des angles aujourd'hui noyées dans la maçonnerie.

La façade est divisée en trois parties par des contreforts-colonnes simples ou doubles. L'accent principal est ainsi donné aux verticales. Cette disposition est plutôt poitevine.  L'édifice actuel date du XVe siècle. De la période romane, il ne subsiste que la façade occidentale.
Cette belle façade se divise en trois étages séparés par des corniches à modillons. Par ailleurs, deux doubles colonnes qui montent sur deux niveaux déterminent trois parties verticales correspondant à la nef et aux bas-côtés de l'église. Enfin des groupes de trois colonnes marquent les angles de la composition. Les travaux du XVe siècle ont ajouté deux lourds contreforts à l'aplomb des colonnes jumelées pour contre-buter la poussée des voûtes intérieures. Ces deux contreforts ont été réunis en partie basse par une croisée d'ogives qui forme un petit auvent en avant de l'entrée de l'église. Le portail actuel est également du XVe. C'est une petite porte, aux moulures simples, qui a été insérée dans le portail roman. De ce dernier, seule une partie de la voussure extérieure est encore visible, ainsi que le bandeau biseauté, orné de pointes de diamant, qui en soulignait l'extrados.


Les clavaux de cette voussure sont sensiblement carrés et présentent un décor tout à fait original. En effet, six médaillons, sur une série de sept vraisemblablement, sont séparés les uns des autres par deux clavaux gravés en faible relief, d'un curieux entrelacs végétal dont le dessin complexe se rapproche de certains éléments du décor de la façade de Nieul-sur-Autize. Ces médaillons sont des sortes de fleurs à huit lobes, très profondément creusées, d'où émergent des bustes. Les personnages qu'ils représentent posent une véritable énigme.

Tout d'abord, quel que soit l'emplacement du claveau, ils sont toujours droits. D'autre part, si les visages sont stéréotypés, les attitudes sont légèrement différentes. Mais exception faite de la figure centrale qui porte un élément annulaire, il n'est pas possible d'identifier les objets. Il semble toutefois que ces figures soient féminines et symboliques, sans que le chiffre sept puisse nous apporter une signification particulière. La décoration des autres voussures qui existent sans doute encore à l'intérieur des maçonneries apportera peut-être un jour une explication.

L'étage inférieur est complété par deux arcatures aveugles qui contenaient de grands haut-reliefs. Côté Nord, on aperçoit les traces d'un cavalier, vraisemblablement un « Constantin ».


Au Sud, se trouve une très belle sculpture, malheureusement décapitée, qui a fait l'objet de nombreuses controverses. Il s'agit d'un homme jeune qui porte sur ses épaules un joug auquel sont suspendues deux grosses « fleurs » enveloppées dans une sorte de coque.

(Ces fleurs sont le symbole de la chasteté, voir ce mot dans mon glossaire, sur ce site)

 Ce personnage dont l'attitude déhanchée est particulièrement élégante, piétine un dragon ailé. Là encore, le symbolisme est difficile à trouver. Le joug se termine par deux têtes de serpent et l'on a pu penser que cet homme pliait sous le poids de ses passions. Mais sa situation privilégiée au Sud et surtout le fait qu'il terrasse le a serpent » évoquerait davantage le triomphe du Christ ou de son Église portant les justes. Ce serait en quelque sorte le pendant de la sculpture du Nord.
Les voussures surhaussées qui encadrent ces deux éléments sont identiques. Elles sont décorées de peltes alignées et de palmettes triangulaires, séparées par un petit tore. Un bandeau biseauté à pointes de diamant en souligne l'extrados comme au portail central. Ces voussures retombaient sur des colonnettes. 

Une seule demeure, côté Nord, dont le chapiteau est orné de deux animaux fantastiques, des cygnes à queue de serpent.

Une corniche à modillons, aux linteaux échancrés, dont l'authenticité paraît douteuse, sépare le niveau inférieur du second étage. Ce dernier se compose d'une large baie centrale, encadrée de deux arcatures aveugles. Ces trois éléments sont pourvus de décors historiés. 

La sculpture en est délicate et l'iconographie relativement précise.


La grande fenêtre du centre est encadrée de deux voussures. L'arc extérieur figure l'ancien Testament. On trouve successivement de gauche à droite, une série de scènes de la Genèse,


depuis la naissance d'Eve

(Remarquez la belle femme couronnée près de la tête qui sort du corps d'Adam,  normalement Ève ?  ou plus logique Dieu le père, mai  ici ce serait  Sainte Eulalie ?)


jusqu'au sacrifice d'Abraham, voyez l'ange qui apporte l'agneau, juste au-dessus.

L'arc intérieur traite du Nouveau Testament, mais de droite à gauche, cette fois, avec l'enfance du Christ, de l'annonce aux bergers 

La Vierge sur un lit, l'enfant dans le berceau entouré d'animaux domestiques

La procession des mages

à la présentation au temple. 

Voici ce qu'en dit Élisa Maillard:" Au sommet, à la porte du Temple, le vieillard Siméon se prosterne devant l'Enfant qui lui est présenté par la Vierge; deux hommes, qui portent chacun un couple d'oiseaux, viennent ensuite; l'imagier aurait-il représenté deux fois Joseph, qui offrit au temple un couple de tourterelles et un couple de colombes? Enfin la prophétesse Anne les suit en tenant un livre ouvert. De l'autre côté de la voussure, quatre femmes s'avancent vers le temple, la dernière porte un cierge et les trois autres, aujourd'hui fort endommagées, devaient également porter des cierges; l'imagier a donc représenté, comme l'avait fait quelques années auparavant un verrier de la cathédrale de Chartres, la Procession de la Chandeleur, qui se célébrait le jour de la Présentation au temple."

L'ensemble est entouré d'un bandeau d'extrados, richement décoré de feuillages. Les piédroits sont formés de colonnettes dont les chapiteaux sont purement décoratifs. Les arcatures latérales sont plus étroites, mais présentent la même disposition. Toutefois, seule la voussure extérieure est décorée, l'autre comporte seulement trois tores. 

Au Sud| bien que la partie centrale manque, le sujet représenté est sans aucun doute l'entrée de Jésus à Jérusalem .

Côté Nord, à la clef, un petit personnage est assis, mains levées et ouvertes. 

Cette figure du Christ (j'en doute, ou bien le sculpteur s'est moqué de Lui !!, ou bien ce claveau a remplacé un original détruit) est entourée de six anges thuriféraires. En bas à droite la tête de Satan (j'y voit plutôt un damné dans le trou du NÉANT, réminiscence du XIe, siècle qui ne montre pas l'enfer en sculptures...) apparaît au fond de l'enfer.

Cette magnifique façade se termine par un pignon, percé en son centre d'une fenêtre étroite qui servait à aérer les combles. La toiture de l'église actuelle étant plus basse, elle donne aujourd'hui en partie sur le vide. Cette baie s'appuie sur la corniche qui limite le second étage. Elle se compose d'un bandeau très décoré et d'une série de modillons souvent endommagés dont quatre ont été refaits lors de la dernière restauration de 1920. 

Les chapiteaux des colonnes doubles sont situés au même niveau. Les colonnes triples des angles, quant à elles, sont plus courtes. Leurs chapiteaux correspondent horizontalement à ceux des piédroits des arcs du second étage. Un glacis permet de rattraper le plan du mur. 

Au-dessus, l'espace restant est occupé par deux grandes statues de belle qualité, placées sous des dais mutilés. Un évangéliste à gauche fait pendant

à un saint bénissant, à droite. Cette disposition n'est pas d'origine mais remonte toutefois à une époque ancienne.
Ce schéma de verticales prédominantes correspond généralement à une structure intérieure à trois nefs. Saint-Jouin-de-Marnes et Airvault procèdent de ce principe. Mais il faut noter que beaucoup de façades accordent une grande importance à la corniche qui sépare les deux étages. Il en est ainsi à Parthenay-le-Vieux par exemple. 


BENET




 

 Faisons parlé un modillon et l'énigme du joug:

Ce personnage désire contrôler sa marche vers le ciel
Il recherche la perfection, ses mains (actions) tiennent une boule (perfection)

Ce que porte ce personnage sur un joug sont le symbole de la chasteté
et c'est très lourd à porter !!
Voici d'autres exemples ou cette feuille représente la luxure ou son contraire:

Château-Larcher

LICHERES

LA CLISSE

Saint-MANDÉ sur BRÉDOIRE

LA CLISSE

Voir feuilles creuses et chasteté sur mon glossaire


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