Est-ce
une véritable inscription en "coufique" (Tarn-et-Garonne
_Arrondissement de
Castelsarrasin) |
Is it a real "kufic" inscription on a romanesque capital of the cloister of Saint-Pierre abbey of MOISSAC ? (Tarn-et-Garonne
_Arrondissement de
Castelsarrasin) |
La numérotation correspond à celle du livret "Guide de visite" vendu sur place: The numbering corresponds to that of the "Guide de visite" booklet sold on site: (Source: Guide de visite_MOISSAC_ de Pierre Sirgant_ environ 5 Euro) |
Il y a 88 sculptures principalement sur les chapiteaux. 46 d'entre eux sont historiés. Ils datent de la construction du premier cloître qui fut érigé en 1100 comme en témoigne l'inscription sur le pilier central de la galerie Ouest. Le chapiteau N° 81 du plan ci-dessus montre une inscription que l'on dit coufique. |
There are 88 sculptures mainly on the capitals, 46 of them are historiated. They date from the construction of the first cloister which was erected in 1100 as evidenced by the inscription on the central pillar of the West gallery. The N° 81 of the above plan shows an inscription which is said to be kufic. |
Chapiteau 81 face Ouest
Dans la partie supérieure, une phrase est écrite en arabe ancien, dit "coufique" utilisé jusqu'au 11ème, et qui a disparu vers le 12ème siècle. Est-ce une formule musulmane ou une version christianisée écrite par un sculpteur arabe ou arabisant ? En tout cas, l'inscription semble commencer par "Dieu" sur la face Est. Certains disent que cette inscription n'en est pas vraiment une, que c'est du charabia, personnellement je ne pense pas, écrire quelque chose comme "Dieu", pompe à vélo, raquette de tennis ... au 11ème siècle ou autre non-sens, est impensable pour moi. Seule la sculpture du côté nord est probablement franchement décorative, la voici: |
In the upper part, a sentence is written in ancient Arabic, known as "kufic" used until the 11th, and which has disappeared around the 12th century. Is it a Muslim formula, or a Christianized version written by an Arabic sculptor? In any case, the inscription seems to start with "God" on the East face. Some say that this inscription is not really one, it’s gibberish, personally I don’t think so, write something like “God”, bicycle pump, tennis racket... in the 11th century or other nonsense, is unthinkable to me. Only the sculptur on the north side is frankly decorative, here it is: |
Chapiteau 81 face nord : l'écriture semble plus décorative que "coufique". Voici le texte de gauche à droite, c'est-à-dire successivement les faces Est, Sud et Ouest. Voici le côté est du chapiteau: |
Chapiteau 81 north face : the writing seems more decorative than kufic. Follows the text from left to right, that is to say successively East side, South and West faces. Here is the east side of the capital: |
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En coufique "Dieu"
s'écrit : Voici la suite côté Sud, puis Ouest. |
In Kufic, "God" is written: (In the edition of the "zodiaque", the following translation is mentioned: "Praise be to God the Unique" page 133 of the book "Quercy Roman".) Here is the continuation south side, then west. |
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V
Si vous avez la transcription en arabe ou autre langue pratiquée au XIe pourriez vous me la transmettre à je vous en remercie à l'avance, ceci aux fins de compléter la description des chapiteaux du cloître. |
If
you have the transcription in Arabic or another language practiced in
the 11th could you pass it on to me, thank you in advance. This in order to complete the description of the capitals of the cloister. |
Régis de La Haye APOGÉE de MOISSAC L’abbaye clunisienne Saint-Pierre de Moissac à l’époque de la construction de son cloître et de son grand portail _________________ PAGE 257 _________________ Relations avec la péninsule ibérique et avec l’Islam De par sa proximité, l’abbaye de Moissac avait des relations privilégiées avec la
______________péninsule ibérique. Les progrès de la Reconquista étaient suivis par les moines avec le plus grand intérêt(2). Les acquisitions en Catalogne ravivaient encore l’intérêt pour les régions pyrénéennes orientales. Moissac y possédait Camprodón et Arles-sur-Tech, pour ne citer que les établissements les plus importants, et entretenait des relations suivies avec un monastère comme Ripoll.(3) Ensuite, Moissac était une étape importante sur la Via Podiensis, le chemin de Notre-Dame-du-Puy vers Santiago-de-Compostella. Pour illustrer les relations de Moissac avec la péninsule ibérique, quoi de plus exemplaire que la vie de saint Gérald ? La vie de ce moine de Moissac du XIe 2 Guy de Valous, « Les monastères et la pénétration française en Espagne du XIe
_________________au XIIIe siècle », in: Revue Mabillon 30 (1940), p. 77-97. 3 Juan Ainaud de Lasarte, « Moissac et les monastères catalans de la fin du XIe au début du XIIe siècle », in: Moissac et l’Occident, p. 223-227. – Anscari Mundó, « Moissac, Cluny et les mouvements monastiques de l’Est des Pyrénées du Xe au XIIe siècle », in: Moissac et l’Occident, p. 229-251. PAGE 258 siècle, devenu en 1095 archevêque de Braga au Portugal, proposée en exemple à ses frères, était lue en l’abbaye de Moissac au chapitre.(1) Gérald était né dans une famille noble de la région de Cahors. Entré à l’abbaye de Moissac comme ‘donat’, petit garçon (puer parvulus), il fut formé au monastère. Parce qu’il était toujours plongé dans les livres, il fut nommé custos de la bibliothèque, là où se trouvaient les « livres divins » (armarii in quo libri divini reponebantur custos factus est), charge qu’il assurait durant de longues années. Mais il était aussi très érudit dans la musique et la littérature (musicæ quoque, nec non etiam artis grammaticæ scientia eruditus), et il enseignait ces disciplines aux autres moines.(2) La fonction qu’exerçait Gérald était donc celle de precentor, préchantre, ou armarius, à la fois maître des choeurs, ordonnateur de la liturgie et responsable de la bibliothèque, office réservé généralement à un nutritus, c’est-à-dire un moine élevé depuis son enfance dans l’abbaye.(3) En raison de son savoir et de son sens pédagogique, on l’envoya vers d’autres monastères. Ainsi, il séjourna longtemps à Toulouse, au monastère de La Daurade, au bord de la Garonne, couvent sous l’obédience de Moissac, où il était un exemple de sainteté. Lorsque Gérald demeurait à Toulouse, Bernard, archevêque de Tolède (1086- 1124) et ancien clunisien,4 vint à passer par là, au retour de Rome où il avait rendu visite au pape Urbain II (1088-1099), ancien clunisien lui aussi. Ayant entendu parler de la sainteté de Gérald, il demanda à l’abbé et à la communauté de Moissac de pouvoir le prendre avec lui. L’archevêque l’obtint et, revenu à Tolède avec Gérald, le nomma écolâtre et le chargea de diriger le choeur et d’enseigner les clercs. Or, pendant que Gérald était au service de l’archevêque de Tolède, qui était à ce moment-là également légat du pape, le siège de Braga devint vacant. Dans le diocèse, on ne trouva pas de candidat digne de la charge. C’est alors que quelqu’un pensa à Gérald, dont la renommée était parvenue jusqu’à Braga. On l’élit comme évêque. Mais il fallait d’abord convaincre l’archevêque de Tolède, qui ne voulait pas le laisser partir. Celui-ci finit tout de même par céder, et Gérald __________________ 1 Ursmer Berlière, L’ascèse bénédictine des origines à la fin du XIIe
_______________siècle (Maredsous-Paris 1927),p. 9. 2 Sa vie se lit dans le manuscrit moissagais, aujourd’hui à la BNF à Paris, ms. lat. 5296 C, f. 133- 142. Éditions : Vita sancti Geraldi (BHL 3415), in : Portugaliæ Monumenta Historica. Scriptores, vol. I, fasciculus I (Olisipone 1856), p. 53-59. – Vita beati Geraldi, éditée d’après un manuscrit provenant de l’abbaye de Moissac (Paris, BN, ms.lat. 5296 C, f. 133 v.), in: E. Baluze, Miscellanea, t. 3 (Paris 1680), p. 179-205. Sur ce manuscrit, voir: Dufour 1982, p. 164-165. – J. Depeyre, « Vie de saint Géraud », in : Bulletin de la Société des Etudes Littéraires, scientifiques et artistiques du Lot 63 (1942), p. 37-51, 153-158. – Dictionnaire d’Histoire et de Géographie Ecclésiastiques, t. 20, col. 835-837 [J. Mattoso]. – Voir aussi : Patrick Henriet, « Géraud de Braga († 1108) : la problématique Vita d’un moine-évêque grégorien entre Moissac et Braga (BHL 3415) », in : Cahiers de Fanjeaux 48, 2013, p. 81 - 111. – Voir aussi: Jean Depeyre, « Introduction à la vie de saint Géraud, archevêque de Braga (1096-1108) », in: Bulletin de la Société des Etudes du Lot 62 (1941), p. 227-232 ; et 63 (1942), p. 37-51 et 153-158. 3 Noreen Hunt, Cluny under Saint Hugh 1049-1109 (Londres 1967), p. 62-63. 4 Hunt, o.c., p. 176-177. page 259 fut ordonné évêque. Telle est du moins la version de la Vita Geraldi; la réalité a dû être plus prosaïque: Braga, pas encore reconnu à cette époque comme métropole, était soumis au primat de Tolède.(1) Celui-ci a certainement voulu imposer un candidat de son choix. À Braga, où il entra en fonctions le 3 juillet 1095, tout était à refaire. Le diocèse, resté longtemps sans pasteur, était ruiné, les affaires étaient à l’abandon, le peuple retombé dans les crimes et les péchés. Gérald se mit au travail. Il commença par la formation des prêtres, qu’il fit vivre en communauté. Ensuite, il s’agissait de relever l’église, restée à l’abandon depuis que son prédécesseur, Pierre, avait été déposé par l’archevêque de Tolède pour avoir accepté le pallium des mains de l’antipape Clément III (1080-1100). À cette occasion, le siège de Braga, jusqu’alors archiépiscopal, avait été dégradé. Pour que le siège retrouve son ancienne dignité, Gérald se rendit à Rome et reçut le pallium des mains du pape Pascal II (1099-1118). En 1103, Braga fut restitué comme siège métropolitain. Gérald fit preuve d’une intense activité pastorale et missionnaire. Il convertit une multitude innombrable d’hommes et de femmes. Il n’hésitait pas à faire des tournées pastorales dans les montagnes, pour prêcher, confirmer les gens et consacrer des églises. Mais il n’oubliait pas pour autant la vie de prière. De sa période monastique à Moissac, il avait gardé la bonne habitude de se lever au milieu de la nuit pour chanter les matines. Après cet office, il restait seul dans l’église pour prier jusqu’au lever du soleil. Ensuite, c’est avec la plus grande dévotion qu’il s’approcha de l’Eucharistie. Il ne parlait pas pour ne rien dire et il se gardait des bavardages (la scurrilitas de l’abbé Durand !). La vie de Gérald fut marquée par de nombreux miracles, mais aussi par quelques tentatives d’investiture laïque qu’il s’empressa aussitôt de réprimer avec vigueur. De son vivant, il prédit que Maurice, évêque de Coimbra, lui succéderait sur le siège de Braga; preuve, selon son biographe, que saint Gérald possédait le don de prophétie ! Mauritius Bordinho ou Burdinus, lui aussi bénédictin français, succéda bien à Gérald comme archevêque de Braga, mais le don de prophétie avait des limites, car Gérald n’avait pas prévu que ce Maurice, à la mort du pape Pascal II en 1118, se ferait élire antipape sous le nom de Grégoire VIII ! Cela prouve tout au moins que la Vita Geraldi a été écrite avant 1118... Maurice Bordinho alias Grégoire VIII finit bien tristement. Il fut emprisonné en 1121, et on n’a plus jamais entendu parler de lui. Gérald mourut au cours d’un de ses voyages pastoraux dans les montagnes. Il fut enterré dans sa ville de Braga, dans l’église Saint-Nicolas, qu’il avait construite et consacrée lui-même. Plusieurs guérisons miraculeuses eurent lieu sur sa tombe. L’un de ces miracles concernait précisément l’auteur de sa biographie, l’archidiacre Bernald, qui se présente lui-même comme étant Français. Il avait été appelé à Braga par Gérald. Ce Bernald ou Bernard devint _____________ 1 DHGE, t. 10, art. Braga (Alfredo Pimenta).
___________PAGE 260 évêque de Coimbra de 1128 à 1147. Saint Gérald mourut en 1108. Sa fête est célébrée le 5 décembre. Jusqu’à ce jour, une chapelle de la cathédrale de Braga lui est dédiée, et saint Gérald y jouit toujours d’une grande popularité. Moissac non plus ne l’a jamais oublié. L’anniversaire de Geraldus archiepiscopus était porté dans l’obituaire de l’abbaye au 5 décembre.(1) Et jusqu’à nos jours, le nom de Gérald ou Géraud est donné à de jeunes Moissagais. C’est en Espagne et en Languedoc que se nouaient les relations avec les musulmans (2) et avec les Juifs, implantés dans des communautés très nombreuses et d’une haute culture. On sait que les Xe et le XIe siècles constituent l’âge d’or pour les Juifs. Dans la péninsule ibérique, grâce à la symbiose culturelle judéoarabe, ils bénéficiaient d’une position particulière. Dans le midi de la France, où ils n’étaient nullement inquiétés, ils participaient pleinement à la vie publique. Abraham ben Isaac, né à Montpellier vers 1100, mort à Narbonne en 1179, docteur talmudiste et kabbaliste, connaissait le Séfer Yetsira (Livre de la Création).(3) Les Juifs occitans étudiaient les mathématiques, l’astronomie, la médecine et la philosophie. Leur curiosité intellectuelle les distinguait de leurs coreligionnaires ashkénazes du nord de la France, qui, eux, mettaient la pensée talmudique au-dessus de la philosophie. Dans le domaine de l’exégèse aussi, les Sépharades possédaient une large avance sur leurs frères du nord.(4) Les philosophes juifs étaient influencés par les écoles musulmanes du Calame, des Sunnites, du néo-platonisme, de l’aristotélisme (déjà) et quelquefois les enseignements gnostiques et chrétiens.(5) Malgré un vernis antisémite, les intellectuels catholiques entretenaient des relations plus suivies qu’on ne le pense généralement avec les rabbins et les exégètes juifs. Convaincus de l’hebraica veritas, des docteurs chrétiens étudiaient l’hébreu et l’exégèse juive.(6) A Tolède, où nous rencontrions déjà le moine moissagais Gérald, se développait après la reconquête sur l’islam en 1085, un centre intellectuel de première importance, où traducteurs juifs et musulmans publiaient en latin les oeuvres d’Aristote,(7) ouvrages que l’abbaye de Moissac, plus tard, possédera dans sa bibliothèque. C’est encore en Espagne que Pierre le ___________________ 1 Axel Müssigbrod, Joachim Wollasch, Das Martyrolog-Necrolog von Moissac/Duravel.
_______________Facsimile-Ausgabe (München 1988 = Münstersche Mittelalter-Schriften, 44), p. XL + facsimile f. 95v. 2 Philippe Wolff, Histoire de la pensée européenne. 1. L’Eveil intellectuel de l’Europe (Paris 1971 = Points Histoire, 2), p. 219-232. 3 Rémy Cazals, Daniel Fabre (dir.), Les Audois. Dictionnaire biographique (Carcassonne 1990), s.v. Abraham ben Isaac. 4 LexMA, t. 5, art. Juden, -tum (H.-G. v. Mutius). 5 Josy Eisenberg, Une histoire des Juifs (Paris 1970), p. 230-234. 6 A. Graboïs, « The Hebraica Veritas and Jewish-Christian Intellectual Relations in the Twelfth Century », in: Speculum 50 (1975), p. 613-634. 7 Maurice de Wulf, Histoire de la philosophie médiévale, t. 1 (Louvain-Paris 19346 ), p. 67-71, 77-78. PAGE 261 Vénérable, abbé de Cluny, fit traduire le Coran en latin.(1) Dans le nord de la France, à la même époque, les relations entre exégètes chrétiens et juifs étaient aussi étroites. A Paris, les Victorins profitaient de la présence, dans la capitale, d’une importante communauté juive, dont les rabbins professaient une exégèse influencée par Rashi.(2) Ainsi, Hugues de Saint-Victor († 1141) consultait des maîtres juifs, et André de Saint-Victor († 1175) apprenait l’hébreu et prenait des cours chez les rabbins.(3) Inversement, on voyait des rabbins invités dans les monastères pour donner des cours d’exégèse. Etienne Harding fit appel à des maîtres juifs pour corriger le texte de la Vulgate.(4) Les exégètes juifs, notamment les élèves de Rashi (1040-1106), “ont entretenu un dialogue continuel avec leurs collègues catholiques” ; (5) Samuel ben Meir (Rashbam), petit-fils de Rashi, apprenait le latin pour pouvoir étudier l’exégèse catholique.(6) Ces bonnes relations entre intellectuels chrétiens et juifs, qui dans le midi de la Gaule passent par l’Espagne, ne se détérioraient qu’après 1160 environ.(7) À l’abbaye de Moissac aussi, on recherchait la hebraica veritas. Dans un manuscrit moissagais du XIIe siècle figure un alphabet hébraïque complet, accompagné de l’indication de la valeur numérique des lettres.(8) Dans ce même manuscrit, un dessin montre le roi Sédécias s’adressant à Jérémie, qui porte un phylactère portant un alphabet hébraïque (9)complet, de א à ת. Autre témoignage de l’influence espagnole: l’usage que nous avons relevé dans de nombreux actes moissagais du XIe siècle, non seulement ceux concernant l’Espagne, mais aussi des actes se rapportant à des biens situés dans le Quercy, de dater d’après l’ère d’Espagne, qui commence au 1er janvier 38 av.J.C., année de la conquête de l’Espagne par les Romains. Cette façon de dater les diplômes ne se rencontre qu’en Espagne “& dans nos Provinces méridionales de France, qui furent soumises aux Visigoths”. (10) L’usage de l’ère d’Espagne fut aboli progressivement à partir du XIIe siècle.(11) Enfin, témoin privilégié des relations étroites avec l’Espagne: les influences stylistiques, marquées par l’art islamique, que l’on reconnaît à certains chapiteaux _________________________ 1 Domni Petri Venerabilis abbatis vita altera, in: PL 189, col. 50.
______________2 Graboïs, o.c., p. 619-623. 3Jean Châtillon, « Les écoles du XIIe siècle », in: Pierre Riché, Guy Lobrichon (dir.), Le Moyen Âge et la Bible (Paris 1984 = Bible de tous les Temps, 4), p. 181-184. 4 Graboïs, o.c., p. 617-618. 5 Aryeh Graboïs, « L’exégèse rabbinique », in: Pierre Riché, Guy Lobrichon (éd.), Le Moyen Âge et la Bible (Paris 1984 = Bible de tous les temps, 4), p. 252. 6 Ibidem, p. 253. 7 Dominique Barthélemy, Nouvelle histoire de la France médiévale. 3. L’ordre seigneurial, XIe-XIIe siècle (Paris 1990 = Points Histoire, 203), p. 176 et 187-189. 8 Paris, BN, ms.lat. 1822, f. 41v. 9 Paris, BN, ms.lat. 1822, f. 42r. 10 L’art de vérifier les dates [..] (Paris 1770), p. xvi-xvii. 11 A. Giry, Manuel de diplomatique (Paris 1894), p. 91-94. PAGE 262 du cloître. On pense d’abord au célèbre “chapiteau coufique”, ce chapiteau de la galerie nord, dont le tailloir porte une décoration qui fait penser à des caractères coufiques. L’auteur du Quercy Roman croit pouvoir y lire une inscription signifiant ‘Louange à Dieu l’Unique’.(1) Mais ne s’agit-il pas plutôt d’une décoration végétale, au mieux pseudo-épigraphique, comme le pensent les spécialistes de l’Institut du Monde Arabe à Paris ? (2). Katherine Watson voit dans l’inscription une invocation du nom d’Allah.(3) Mais cette dernière ne déchiffre qu’une partie de l’inscription, et laisse une partie importante sans explication. Quoi qu’il en soit, le chapiteau “coufique” de Moissac s’inscrit dans un ensemble d’inscriptions coufiques et de motifs stylistiques islamiques dans tout le sud de la France (Le Puy, Lavoûte-Chilhac, etc.) et le nord de l’Espagne, qui témoignent, c’est évident, d’une forte influence islamique dans l’art.(4) Lee Sook Lee-Niinioja relève que cinq chapiteaux du cloître de Moissac, entre autres le chapiteau dit « coufique », présentent sur leur corbeilles le même décor de fleurs d’acanthe, que l’on trouve aussi à l’identique sur des chapiteaux à Huertos, Loarre et Frómista, tous lieux situés sur le chemin de Compostelle, une décoration qu’elle attribue à une influence musulmane.(5) Il est indéniable que l’art hispano-islamique a marqué Moissac, et que cette influence a pu suivre les grandes voies de pèlerinage.(6) Les moines copiaient des motifs ornementaux figurant sur des étoffes, des tapis, des soies d’Orient ou des ivoires d’Espagne.(7) Dès 1834, Prosper Mérimée s’étonnait « de l’analogie que présentent certains chapiteaux avec ceux de plusieurs édifices mauresques ». (8) Le tailloir du chapiteau de David et les Musiciens auteurs des Psaumes porte une décoration qu’Anglès retrouve au cloître de Silos en Espagne, qui fut peut-être décoré par des artistes arabes. Il y voit des ressemblances avec « des animaux du même genre sur un coffret musulman exécuté en 1026, provenant du trésor de Silos, aujourd’hui conservé au Musée de Burgos ». (9) Momméja signale des ressemblances entre le tailloir du chapiteau de la Transfiguration et un chapiteau sassanide du palais de Tag-è-Bostan.(10) On trouvera dans le cloître d’indéniables ______________________ 1 Quercy Roman, p. 133.
______________2 Lettre du 4 septembre 1989, de Mme Hana Chidiac, chargée d’études épigraphiques à l’Institut du Monde Arabe (Paris), à l’auteur de ces lignes. 3 Katherin Watson, « The Kufic Inscription in the Romanesque Cloister of Moissac in Quercy: Links with Le Puy, Toledo and Catalan Woodworkers », in: Arte Medievale 1 (1989), p. 7-27. 4 Quitterie Cazes, « À propos des ‘motifs islamiques’ dans la sculpture romane du Sud-Ouest », in : Les Cahiers de Cuxa 35 (2004), p. 167-176. 5 Lee Sook Lee-Niinioja, « Religious and intercultural influence on mozarabic capitals in the SaintPierre abbey church cloister », in : Krikščioniškoji kultūra ir religijotyra (2014). 6 Guy de Valous, « Les monastères et la pénétration française en Espagne du XIe au XIIIe siècle », in: Revue Mabillon 30 (1940), p. 96. 7 G. Gaillard, « Cluny et l’Espagne dans l’art roman du XIe siècle », in: Bulletin Hispanique 63 (1963), p. 153-160. 8 Mathieu Méras, « Mérimée en Tarn-et-Garonne », in: BSATG 102 (1977), p. 64. 9 Auguste Anglès, L’abbaye de Moissac (Paris s.d.), p. 82. 10 ADTG, Ms 225 (fonds Momméja) n° 233. PAGE 263 influences stylistiques hispano-mauresques. Dans sa thèse et dans un article y faisant suite, Ruth Maria Capelle met en évidence l’influence exercée par l’iconographie islamique sur un certain nombre de motifs, figurant sur les tailloirs de La Daurade de Toulouse et du cloître de Moissac, représentant des oiseaux, des lions, des griffons en conflit.(1) L’auteur, tout en remarquant que ces motifs n’ont pas de modèles dans l’art chrétien, et sont d’évidence empruntés à l’art islamique espagnol et sicilien du Xe et du XIe siècle, insiste sur le traitement original que reçoivent ces motifs islamiques à La Daurade et à Moissac. En outre, les motifs islamiques sont repris d’une façon très différente à La Daurade et à Moissac.(2) Comme le souligne encore cet auteur, s’il est vrai que le sculpteur moissagais reprend des modèles, il y attache une toute nouvelle signification. Ainsi, les lions, de vainqueurs deviennent des vaincus.(3) L’auteur reconnaît le thème de la lutte, du conflit, ce que je me garderai bien de contredire, car je suis de son avis. Mais ma démarche méthodologique diffère. Ruth Maria Capelle utilise la méthode comparative, chère aux historiens d’art, et reste ainsi à la description stylistique. Je préfère, quant à moi, la méthode historique qui, dans le cas présent, sera d’abord patristique. Tout cela témoigne de l’unité culturelle dans une vaste région méditerranéenne, englobant le royaume latin de Jérusalem, le royaume normand de Sicile, la France du sud et le nord de l’Espagne, là précisément où « la confrontation entre le monde chrétien et le monde islamique était très vive ». (4) La confrontation avec l’islam a beaucoup apporté à l’iconographie romane en général, et à celle de Moissac en particulier. Elle a aboli les derniers restes d’archaïsme et imposé le réalisme artistique. « La nouvelle mentalité profane, aussi bien que l’approche réaliste visible dans la description d’un thème religieux n’ont pu naître que dans les conditions particulières d’une zone délimitant une frontière avec l’Islam ». (5) Nous reviendrons encore sur l’importance et la signification de l’essor du réalisme dans l’art. Relations avec la Terre Sainte ... ____________________ 1 Ruth Maria Capelle, « The Representation of Conflict on the Imposts of Moissac », in: Viator 12
(1981), p. 79-100 + 35 fig. 2 Ibidem, p. 93. 3 Ibidem, p. 94. 4 Nurith Kenaan, Ruth Bartal, « Quelques aspects de l’iconographie des vingt-quatre Vieillards dans la sculpture française du XIIe s. », in: Cahiers de Civilisation Médiévale 24 (1991), p. 233-239. 5 Ibidem, p. 239 ![]() |
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