L'église romane de MENET en AUVERGNE (63)
Photos de Bernadette PLAS
Commune
du département du Puy de Dôme I. PRÉLIMINAIRES C'est dans la vallée de la Suthène, riche d'un important patrimoine roman, près d'un petit lac, que s'est construit le bourg de Menet, dont les maisons, à très amples toitures en lauzes de pays, montrent qu'il a été prospère. (Plus de 2500 habitants au XIX e et environ 550 à présent) Son église romane se distingue notamment par sa tour lanterne romane, rarissime en Haute-Auvergne, et sa pittoresque tourelle d'escalier. L'édifice a été classé en totalité parmi les Monuments historiques, le 1er septembre 1922. Elle appartient à la commune et sert au culte. II.l NOTICE HISTORIQUE ET DESCRIPTIVE Calvet de Rochemonteix nous apprend que l'église de Menet est un ancien prieuré, relevant de celui de Saint-Rémy et Saint-Germain de Boit, diocèse de Limoges. Lors de la division du diocèse d'Auvergne, en 1317, Menet fut attribué à l'évêché de Clermont, puis en 1790, attaché à celui de Saint-Flour. (Les églises romanes de Haute -Auvergne, 1902). La famille de Chabannes, seigneurs de château de la Clidelle tout proche, avait une chapelle à Menet. ![]() L'église a été bâtie au XIIe siècle sur un plan allongé à trois vaisseaux. La nef comporte trois travées voûtées d'un berceau plein cintre à doubleaux. Les collatéraux sont voûtés en demi berceaux. L'église ne comporte pas réellement de transept. On ne peut parler de la croisée que parce que son couvrement est différent de celui de la nef. En effet, elle est surmontée d'une tour-lanterne, qui semble être un exemple roman unique en Haute-Auvergne. Le tambour, percé de trois baies en plein cintre à larges ébrasements, est aveugle du côté de la nef. Il comporte quatre trompes coniques sous-le-pan, avec arcs de front en plein cintre. Il soutient une coupole octogonale percée d'un oculus. On constate des variations dans les dispositions des éléments romans encore conservés. Les parties les plus anciennes sont l'abside et la croisée, qui constituent un ensemble homogène. Les arcades qui ouvrent la croisée sur les bras du transept et sur l'abside sont semblables ; ces trois arcs, simples rouleaux plein cintre, prennent naissances, à même hauteur, sur des colonnes engagées dont les chapiteaux sont couronnés de tailloirs de forte épaisseur, ornés d'un rang de billettes. Ce type de tailloir est également celui des colonnes engagées qui supportent l'arc triomphal. Les quatre piliers de la croisée reposent sur des socles quadrangulaires qui surélèvent les bases moulurées. Ces socles sont, par contre, à peine saillants dans la nef Les arcades des trois travées de la nef sont plus hautes que celles de la croisée. Les tailloirs des colonnes engagées, qui flanquent les piliers à noyau carré, sont simplement adoucis par un cavet (sans billette). Les vaisseaux collatéraux comportent également les mêmes variations. Les arcs diaphragmes des travées orientales reposent sur de simples dosserets, alors qu'au droit de la nef ils s'appuient sur des colonnes engagées, et que les dosserets contre les gouttereaux ne sont plus présents entre les deux travées occidentales. L'abside, au-dessus d'un mur bahut couronné d'un cordon saillant en pierre de taille, mouluré d'un cavet, est ornée d'une arcature à sept arcs sur colonnettes, dont les trois formes orientales sont ajourées de baies en plein cintre. L'ensemble est couvert d'un cul-de-four précédé d'un court berceau. Des vestiges des absidioles orientées, qui s'ouvraient sur les vaisseaux collatéraux, sont encore visibles, bien que tronquées aujourd'hui. En effet, l'église ne nous est pas parvenue dans son état roman. Plusieurs transformations se sont succédées aux cours des siècles. Des chapelles ont été construites, au droit des deux travées orientales des collatéraux. La chapelle nord semble dater du XVe siècle et celle du nord-ouest peut être du XVIe. Par contre, les chapelles sud semblent de facture plus tardive ; les parements extérieurs parfaitement réglés et assises, la taille des blocs de pierre à ciselures relevées et bouchardages, le bon état de conservation de la pierre en dépit de sa nature friable, les baies (y compris leur réseau) exactement calquées sur celle de la chapelle nord-est, l'ornement du Sacré-Cœur sur une des clefs, ressemblent plus à des façons du XIXe siècle. L a tour lanterne a été surélevée par un clocher, coiffé d'une flèche octogonale de charpente Chaque face est ajourée de baies jumelées. Calvet de Rochemonteix estime que cet exhaussement est probablement du XVIIe siècle, de même que le percement d'un oculus zénithal dans la coupole, ménagé afin de hisser la grosse cloche, datée de 1615. Cependant, la facture gothique des baies de la chambre des cloches le désigne plutôt comme antérieur. D'autres modifications ont été réalisées. On a établi une sacristie (XIXe siècle ?), au nord de l'abside. Au sud, un tourelle abritant un escalier en vis a été construite, pour donner accès au clocher, par un passage couvert construit sur la voûte de l'abside ; on accédait au plancher d'entresol qui couvrait alors la croisée, par la baie est de la lanterne. La sous face de ce plancher était lambrissé en fausse voûte. Il a été démoli à la fin des années trente, lors du décapage général des enduits et badigeons intérieurs. On peut encore voir les consoles de pierre qui le soutenait et les traces de la fausse voûte sur les parements du tambour. La façade ouest a aussi été transformée. Le porche qui devançait le portail actuel a été démoli au XIXe siècle. Les traces des engravures de solin sont encore visibles sur la façade. Un pignon découvert, percé d'une baie qui abrite une petite cloche, a été construit à son sommet. Des statues en fonte peinte ont été placées sur les colonnes de l'ancien porche et sur l'acrotère du pignon. À l'intérieur il reste une parti du mobilier et de la lustrerie du XIXe siècle ; entre autres, la tribune et la chaire à prêcher néogothiques sont encore en place. L'ensemble de l'édifice est bâti en pierre volcanique locale : la pierre du Broc. Il s'agit de trachyte gris clair, pour la majorité des parements, avec quelques blocs de brèche brune. La majeure partie des parements est en pierre de taille, avec quelques zones de maçonnerie de moellon, notamment sur la tourelle et la sacristie, ainsi que les soubassements des chapelles nord. ____________________Fin du texte ref: © MENET - Église / S. MANCIULESCU - Avril 2002 ______________ (Dans
l'Auvergne romane_collection de "La nuit des temps"_
____________________________ Pour voir la restauration: http://www.menet.fr/userfile/documents/Eglise%20de%20menet/DDOE_optimise.pdf_________________________ Un concours de taille de pierre est organisé chaque année à MENET où il subsiste une carrière. |
Sur 2 niveaux superposés: Des feuilles lancéolées puis un entrelacs d'une belle composition avec des boucles qui vont par paires Deux niveaux de vie ? terrestre: la partie inférieure en feuillages lancéolés (vie animale) céleste: ce qui n'a ni début ni fin comme l'entrelacs. |
Chapiteau 1 ouest |
Au centre un volatile de type colombe perché sur une corde à deux brins torsadés. Les brins torsadés sont probablement l'image du couple. De part et d'autre , émergeant d'une vulve bordée de feuilles à 3 lobes une tête humaine. Je penche pour la représentation de la fécondité du couple qui est un cadeau du ciel représenté par le volatile. En effet à l'époque c'est Dieu qui donne la vie sous toutes ses formes, y compris les maladies, les bonnes ou mauvaises récoltes, le beau temps, la pluie ou la tempête... |
Chapiteau au mur au niveau de la première travée |
Une paire de boucles donne naissance à une troisième. SPLENDIDE! D'un modernisme incroyable! |
Chapiteau pilier 1 est |
L'homme (voir le couple? ) en orants Les pieds sur l'astragale ( qui symbolise l'église) Les mains ( symbole des actions) en oraison (prière). |
Le pilier N° 1 consacré au couple |
La deuxième travée autour des chapiteaux du pilier N° 2
Le thème est le couple
Un couple Un arbre de vie Un volatile qui pose une patte sur chaque bras L'église magnifie ici le couple! |
Chapiteau mur collatéral deuxième travée |
L'homme touche de sa main sa femme. Celle-ci a ses nattes de cheveux formant une boucle symbole de spiritualisation Elle pose ses mains sur son ventre. Sous la main (symbole des actions) de l'homme qui touche sa femme se trouve un arbre (symbole de vie et de passage de générations comme avec l'arbre de Jessé) Entre le couple se trouve un volatile , celui qui vient du ciel, et apportera la fécondité. Il s'agit bien du COUPLE géniteur au cas où cela n'était pas évident |
Chapiteau mur col 2 |
Deux feuilles latérales et une au centre. (voir pilier 1 est) Le chiffre 9 est omniprésent : les lobes sont au nombre de 9 sur la bordure latérale de la "mandorle", et de 8x2 +1 sur les feuilles intérieures. Probablement le temps d'une gestation Ce sont probablement deux feuilles qui encadrent leur progéniture. |
Chapiteau du pilier 2 ouest |
La torsade a deux brins pour le couple. Une sorte de "V" signe du Bélier (vie) Les paires de volutes toujours pour le couple. Dans la petite mandorle (feuille creuse), une feuille lancéolée avec deux petites boules. L'acte stylisé ! |
![]() Deux chapiteaux du pilier N° 2 |
Le couple: la femme tient ses cheveux non pas en natte mais torsadés comme sur la torsade où s'agrippait un oiseau ( En façade on retrouve cette représentation) |
Le pilier N° 2 consacré au couple |
C'est le fameux "Singe cordé". Le singe et le personnage ne font qu'un, le sculpteur utilise ce stratagème pour représenter l'être humain d'une part avec sa tentation ou une passion par un animal d'autre part. La corde qui le tient tranquille, symbolise la maîtrise : cette tentation ou passion est contrôlée par la partie la moins animale, ou la plus spirituelle. La corde sort de l'édifice , ce qui signifie que c'est grâce à l'Église et à la communauté que cela est possible. La corde symbolise la communauté. |
Chapiteau pilier N° 3 |
Le personnage tient sa jambe avec une main (symbole des actions) car il
désire contrôler sa marche, celle vers le ciel, objectif de tous à l'époque. Il oriente donc ses actions pour gagner le ciel. Ce que montre aussi son autre main tenant l'animalité par la corde, pour la dominer. Le singe lui aussi a posé une patte sur une jambe, lui aussi voudrait sa part ! Il y a des plots sur le tailloir Dans cet édifice les tailloirs sont généralement nus il y a là une exception donc une signification pour orienter l'interprétation de la scène dans la corbeille. Première hypothèse: Après neuf vient dix, commence alors la période d'allaitement et c'est peut-être l'incitation à l'abstinence jusqu'au retour des couches ? Ou bien 10 est le double de 5, symbole de perfection obtenu en couple c'est à dire à deux ? |
Chapiteau pilier N° 3 |
Les chapiteaux du transept N-E autour du pilier N° 4
L'absidiole. Chapiteau aux feuilles lancéolées Ces mêmes feuilles lancéolées qui étaient au niveau inférieur vu précédemment. Le tailloir porte encore des plots carrés orientés à l'opposé du ciel. |
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Le niveau inférieur étant représenté à part voici les deux autres niveaux Les feuillages (la vie) et l'entrelacs au-dessus. Le tailloir comporte encore des plots. |
Les chapiteaux du transept Sud-Ouest autour du pilier N° 7
Feuilles lancéolées au nombre de 2 seulement 10 plots dans le tailloir. Ce chapiteau fait face au précédent. On est toujours dans la symbolique du couple masculin et féminin. |
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Chapiteau reprenant celui du pilier N°6 |
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De nouveau le couple |
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La femme tient ses cheveux. Ceux-ci ne sont pas tressés mais torsadés, la torsade est le symbole du couple. Comme la corde sur lequel se perchait un volatile. La femme se cramponne au symbole du couple placé horizontalement ni vers le ciel ni vers le sol. |
Le pilier 7 chapiteau ouest toujours consacré au couple |
L'homme une main soit en orant, soit en position de supporter l'édifice (comme un pilier de l'église) l'autre main sur son ventre. |
Deuxième travée autour des chapiteaux du pilier N° 8
Trois rangs de feuilles lancéolées! |
Chapiteau mur col N° 8 |
Encore des feuilles lancéolées. Le dessin est pur et stylisé. Une lancette orientée vers la terre. |
Le pilier 8 chapiteau ouest |
Première travée, les chapiteaux autour du pilier N° 9
Après ces chapiteaux lancéolés (symbole phallique) voici que l'homme porte une barbe bifide et une moustache. Barbe bifide et moustache sont les symboles du vieil homme celui qui est dans le péché. |
Chapiteaux du pilier N° 9 |
Barbe bifide et moustache pour l'homme |
Chapiteau du pilier 9 coté est |
Ce personnage, la femme (?), tient des objets dans ses mains? Une pierre, une brique ? Dans son autre main ? Il est difficile d'interpréter ce chapiteau! |
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Ce chapiteau comporte une rangée de plus que celui du du pilier 2 ouest lequel ne montrait que 3 feuilles. 7 feuilles au rang supérieur La famille qui s'agrandit ? |
Le chapiteau du pilier 9 ouest |
Autre version d'un chapiteau du deuxième pilier. Au centre une pseudo fleur de lys orientée vers le sol, prolongée de volutes pour l'appel à la spiritualité. Dans les feuilles creuses en mandorle, avec dedans les mêmes pseudo fleur de lys mais orientées vers le ciel. |
Et les chapiteaux de la façade Est
Je n'ai pas voulu commencer par ceux-ci
Sans parole !! Disons que c'est la vie qui s'exprime ! Les volutes vont par paires et expriment qu'il ne faut pas tomber dans l'animalité. |
Chapiteau à gauche du porche |
Une femme qui se cramponne à ses nattes ou cheveux torsadés En général les cheveux de la femme sont cachés surtout en entrant dans l'église en signe de soumission double. Le sculpteur opte ici pour montrer le rôle de la femme dans la communauté. Les deux nattes peuvent aussi vouloir dire qu'elle est mariée. Montrer sa chevelure ainsi peut-être pris comme un symbole de séduction ou un appel à la vie ou à la procréation. C'est d'ailleurs le sens du chapiteau à sa droite, avec des feuillages lancéolés, un symbole de vie. |
Les deux autres chapiteaux à gauche du porche |
A droite c'est l'homme qui est représenté. Sa posture est celle d'un orant. Tout un programme dans l'ensemble de ces chapiteaux en façade ! La femme génitrice et l'homme orant ? La femme séductrice pour la bonne cause ? Le couple par la femme donnant des enfants à l'église ? La femme tenant dans ses mains le symbole du couple et de la fécondité qui en découle? La réponse est probablement dans ce que représente le chapiteau faisant pendant au chapiteau de gauche montrant la procréation symbolisée crûment. La sirène à droite faisant face à la sexualité pourrait-être la chasteté dans le couple, assimilée à la beauté spirituelle. à gauche: la vie transmise par la procréation à droite la vie transmise par la prière. Les représentations osées nous choquent , mais à l'époque il y avait moins de tabous. l'église demandait aux couples non pas l'abstinence d'acte de chair mais plutôt de procréer. A coté de l'homme se trouve le chapiteau complémentaire de celui situé près de la femme. Ces deux chapiteaux seront réunis en un seul forment les deux niveaux de vie. SPLENDIDE N'EST-IL PAS ! |
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La sirène a ses cheveux torsadés comme l'est le symbole du couple sur les chapiteaux à l'intérieur. Il y a t-il ici un homme et une femme sirènes? Après la procréation donnant la vie sur terre... Ce serait la symbolique de la vie promise au ciel. |
On retrouve la torsade bien placée mais issue des queues des sirènes celles-ci semblent se terminer en feuillages Rien de négatif au contraire! |
Il y a encore en façade deux pierres en bas-relief: Un personnage de gauche tient dans chaque main un paquet de feuillage signe de vie il est d'ailleurs dans une position évocatrice! |
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Le personnage à droite tient une faucille dans sa main droite, l'autre étant difficile à décrypter. probablement un tonnelet ?? (Aux fins de représenter le pain et le vin nourritures à la fois terrestres et spirituelles, hypothèse qui serait dans le contexte) |
Voilà les chapiteaux avaient beaucoup à dire....