L'église romane de SAINT-PIERRE-TOIRAC en QUERCY


L'église romane de 

SAINT-PIERRE-TOIRAC

dans le QUERCY

Elle est considérée comme l'une des pièces majeures du patrimoine médiéval du Haut-Quercy, tant du point de vue de l'architecture
que de celui de la sculpture.


Texte de Marc THIBOUT
 avec mes remarques en rouge

Photos de Alain DELIQUET


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Historique

D'après une tradition. l'église et le lieu de Saint-Pierre-Toirac (1) furent donnés en 889 au monastère Saint-Sauveur de Figeac par Caumont, évêque de Rodez. En 1146 l'église dépendait toujours de ce même monastère, ainsi.qu'en 1244, date où l'on trouve le titulaire du bénéfice mentionné dans la charte d'élection d'Aimar à l'abhatiat de Saint-Sauveur (2).
Dès le IXe siècle, il aurait donc existé une église à Saint-Pierre-Toirac et fort de cette tradition, on a voulu .retrouver dans certains chapiteaux à entrelacs des restes de ce premier édifice, restes réemployés dans une construction plus récente (3). C'est là une hypothèse qui ne semble pas devoir se vérifier par la facture même des entrelacs sculptés sur les chapiteaux et si l'on songe, que, dans le Quercy notamment, on rencontre de nombreux exemples de chapiteaux de ce type, non seulement bien après l'époque carolingienne, mais encore a la fin du XIe et même au XIIe siècle.

Les deux absidioles qui ouvrent sur les croisillons du transept sont incontestablement les parties les plus anciennes de l'église; tous les détails de leur architecture permettent d'en attribuer la construction avec vraisemblance au milieu du XIe siècle. Mais comment ces deux absidioles se rattachent-elles au reste de l'édifice? Deux solutions se présentent à l'esprit : ou bien elles constitueraient le début d'une construction qui, faute de ressources peut-être, aurait été menée très lentement, l'ensemble de l'église ayant été élevé eu.plusieurs campagnes ; ou bien elles appartiendraient à un édifice du XIe siècle qui aurait été détruit et dont on aurait conservé des parties plus ou moins importantes en le relevant de ses ruines.

La seconde hypothèse séduit bien davantage lorsque l'on constate la gaucherie d'exécution révélée par le plan, gaucherie qui peut s'expliquer facilement par le fait que le maître d'œuvre aurait été gêné par les fondations et les vestiges d'un édifice antérieur dont il voulait tirer parti. Actuellement, même une étude minutieuse ne permet pas de déceler avec certitude ce qui reste de la construction du XIe siècle, car les murs, par suite de travaux postérieurs et de rejointoiements successifs, interdisent de tirer de l'appareil toute déduction. Cependant, nous sommes tentés de croire que le mur de façade, dont l'épaisseur est considérable et, qui n'est à l'aplomb d'aucun des murs latéraux, alors qu'il se situe dans le même axe que les absidioles, appartient à l'édifice du XIe siècle.

Au XIe siècle remontent aussi les parties basses des murs qui séparent le chœur des chapelles latérales.
Un peu plus récents, mais antérieurs, cependant, au remaniement de l'église, seraient les chapiteaux et les colonnes qui limitent la travée droite du chœur, ainsi que quelques éléments de décoration réemployés dans le cordon mouluré qui passe à l'appui de la fenêtre latérale sud, enfin les petits personnages sculptés sur les claveaux des branches d'ogives de là voûte.
C'est dans la deuxième moitié du XIIe siècle que l'on peut placer le remaniement supposé et l'achèvement de l'édifice. Mais, là encore, deux mains, sinon deux campagnes, se révèlent. Le chœur et le transept, où l'on retrouve des chapiteaux à feuillages entrelacés ou à figures diffèrent assez sensiblement de la nef dont les piles offrent des feuilles plates et divers motifs plus évolués mais un peu maladroitement exécutés, de sorte que, s'il est possible que peu d'années séparent ces deux parties de l'édifice il est à peu près certain qu'elles ne sont pas dues au même maître d'œuvre.
Enfin achevée, l'église du XIe et du XIIe siècle demeure sans grand changement jusqu'à une époque qui, pour le Quercy tout particulièrement, fut extrêmement troublée, le milieu du XIVe siècle. Les Anglais, en effet, maîtres de l'Aquitaine, faisaient de continuelles incursions dans les pays environnants et, en 1356, nous voyons leurs troupes assiéger Cajarc, l'actuel chef-lieu de canton de Saint-Pierre-Toirac (4). Quoi de plus naturel alors pour les habitants que de songer à se protéger, eux et leurs biens, contre l'envahisseur, et l'église, par sa masse même et moyennant certains aménagements, ne pouvait-elle pas devenir l'abri le plus sûr? C'est donc à cette époque, étant donné surtout que les détails de l'architecture viennent  à l'appui de l'histoire, qu'il faut placer les travaux qui changèrent totalement l'aspect extérieur de l'édifice.

Un premier projet semble avoir reçu un commencement d'exécution : l'élévation d'un clocher fortifié sur l'absidiole du croisillon nord ; ainsi en témoignent la disparition de la partie circulaire de cette absidiole, remplacée par un mur plat, et les corbeaux qui. sur une longueur de quelques mètres, font saillie à l'extrémité du mur nord de l'église. Mais, sous les menaces toujours grandissantes, l'idée d'un simple clocher fortifié parut sans doute insuffisante ; un repentir eut lieu et en même temps que l'on consolidait et renforçait les anciens murs, on établissait sur tout le pourtour de l'église de hautes murailles qui firent du monument un véritable donjon. En cas de danger, les habitants transportaient dans l'église leurs biens les plus précieux et se logeaient au-dessus des voûtes (5) ;  ils pouvaient même y séjourner; un puits ayant été aménagé à l'intérieur de l'église (6).


Une enceinte, probablement le mur du cimetière, ajoutait encore à la défense ; elle n'est plus guère visible aujourd'hui, à l'exception de la porte, qui demeure le seul moyen d'accès à toute une partie du village et à l'église elle-même.
Le porche qui précède la façade occidentale ne présente aucun élément de datation ; l'épaisseur des murs laisse à penser que ce n'est pas une construction toute récente ; peut-être remonte-t-il au XVIIe ou au XVIIIe siècle. Plus tardivement, il reçut sur la face ouest un petit portail de style classique, au fronton duquel est inscrite la date de 1827 (7).

Intérieur

 L'édifice, de dimensions assez restreintes, comprend une nef de deux travées seulement, accompagnée de collatéraux qui s'y raccordent irrégulièrement, un transept non débordant sur lequel ouvrent deux chapelles, un chœur d'une seule travée droite que termine une abside à cinq pans inégaux.

Les absidioles témoignent d'une évidente parenté de style. Les larges doubleaux en plein cintre qui en limitent la partie droite et supportent la voûte en berceau ne comportent qu'un seul rouleau non mouluré ; ils retombent sur des colonnes engagées dont les bases se composent tantôt d'un simple empâtement sur lequel se profilent des festons ou des losanges plus ou moins frustes, tantôt de trois tores égaux superposés, tantôt, enfin, de deux gros tores que séparent des figurines ou des torsades. Quant aux chapiteaux, larges et massifs, ils sont ornés pour la plupart de beaux entrelacs auxquels se mêlent ça et là des feuillages; parfois, cependant, l'artiste a renoncé aux entrelacs pour se hasarder aux scènes iconographiques :

ainsi, à l'entrée de l'absidiole nord, on reconnaît un personnage à haute coiffure, assis sur un trône et encadré de deux soldats armés d'une épée, symbole sans doute d'une scène de justice ; 

dans la chapelle sud, ce sont, d'un côté, Adam et Eve encadrant l'Arbre de la Science, autour duquel s'enroule le serpent, 

de l'autre un homme qui porte sur le dos un animal dont les caractères morphologiques permettent de reconnaître un loup. 

(C'est le vieil-homme barbu qui peine à marcher sur l'astragale _ l'Église et sa communauté _ dans la voie spirituelle à cause de son animalité...comme il est en face d'Adam et Ève cueillant le fruit défendu, qui n'est plus celui de la science, mais le péché de chair à l'époque, la connotation sexuelle est  induite.)

Ces sculptures sont, en général, assez grossières et

( la corde est le symbole de la communauté des clercs et les damiers ou marches d'escalier à gravir sont signe de progrès à faire)

la main s'y montre moins habile que dans l'exécution des entrelacs ou des lignes de damiers qui décorent les larges tailloirs et se poursuivent tout le long du mur à la naissance des voûtes.
Les chapelles communiquent avec le chœur par des passages en plein cintre.
Le chœur est formé d'une large et unique travée et d'une abside polygonale, La différence d'axe et le raccord visible de l'abside sur les murs de la travée droite prouvent l'antériorité des parties basses de celle-ci par rapport à celle-là ; néanmoins, toutes les parties hautes de la travée droite, excepté, comme nous l'avons dit plus haut, les chapiteaux qui supportent les arcs doubleaux et quelques autres remplois, appartiennent depuis la naissance des deux grandes fenêtres latérales — l'homogénéité dans la décoration est là pour le prouver — à la même campagne de construction que l'abside elle-même. Les quatre grosses colonnes engagées qui limitent la travée du chœur diffèrent de celui-ci par l'ornementation des chapiteaux :

ici, entrelacs et feuillages encadrent une torsade crucifère ;

(Les représentations de croix commencent après les croisades, l'influence orientale est flagrante ici)

là, ils dessinent une sorte de grillage d'un assez heureux effet;

(Ce sont enfermées dans des cages, ce que j'ai appelé les feuilles creuses dans mon glossaire, 
elles sont le symbole des relations interdites aux clercs)

ailleurs, 

(Des moines et non des anges, qui iront au ciel, car ils ne sont pas dans le péché, leurs mains _ symbole des actions _ sont dans la lecture ou copie de livres saints )

ce sont deux anges aux larges ailes qui tiennent de gros livres. Les tailloirs, plus ou moins élevés, n'ont aucune décoration, à l'exception d'un seul, sur lequel sont sculptées de grosses boules.

Deux baies amorties par un arc trilobé, rappel lointain peut-être d'influence auvergnate, ajouraient les murs latéraux ; elles durent être bouchées au moment où l'on fortifia l'église, car, du fait même de la fortification, elle ne donnaient plus que sur les combles ; les piédroits sont ornés de colonnettes.

Une voûte sur croisée d'ogives couvre l'ensemble de la travée. Ces ogives ont une forme assez archaïque : elles se composent de larges claveaux de section carrée et la voûte n'a pas, à proprement parler, de clef : le claveau central de l'une des ogives a reçu, exemple peut-être unique, deux encoches dans lesquelles viennent s'emboîter les deux branches de l'autre ogive. Ce système assez défectueux marque cependant un progrès sur celui qui consiste à faire buter obliquement sans encoche les branches de l'une des ogives sur l'autre ogive. C'est une plus grande compréhension du rôle de la croisée d'ogives : le maître d'œuvre a voulu parer à la tendance qu'ont normalement les branches d'ogives, lorsque la voûte est ainsi dépourvue de clef, à glisser l'une contre; l'autre au moindre mouvement de la construction (8).

Des colonnettes logées dans un retrait du mur de chaque côté des baies trilobées, reçoivent les ogives ; la position un peu singulière de ces colonnettes porterait à les croire ajoutées, mais elles sont absolument du même type que leurs voisines et que celles de l'abside ; rien n'autorise donc à admettre pareille supposition.
Les ogives à profil carré se rencontrent principalement dans les voûtes du midi de la France ; c'est au milieu et à la seconde moitié du XIIe siècle qu'appartiennent la plupart des voûtes ainsi construites (9).

La réfection du chœur, par le caractère même de la voûte, se place donc dans la deuxième moitié du XIIe siècle.

(Remarquez les arcades en dents de scie que d'habitude l'on ne trouve qu'à l'extérieur )

A la même campagne de construction appartient aussi l'abside. Les trois pans du mur de fond sont, ajourés de fenêtres prises sous une arcature en plein cintre, bordée de dents de scie ; cette arcature se continue, mais aveugle, sur les deux autres pans. Toutefois, la dernière arcade du côté nord est brisée, car, en raison du désaxement de l'abside par rapport à la travée droite, le pan nord est moins large que celui qui lui fait face au sud. Les colonnettes qui supportent la série d'arcades ont leurs bases cerclées d'une torsade et leurs fûts sont de section polygonale ; chapiteaux et tailloirs épousent la forme de l'angle auquel ils s'adossent et soulignent ainsi les pans de la voûte, qui s'amortissent ensuite en cul-de-four. L'infinie variété des motifs de feuillages entrelacés qui chargent les corbeilles dénote une recherche décorative.

(Les léonins sont la force virile du moine représenté au centre, celle-ci doit être maîtrisée, ce que montre la position de la queue passant entre les pattes et se dirigeant vers le ciel. Sinon c'est la force virile qui prend le dessus, ce que montre le léonin maîtrisant la tête du clerc avec ses pattes. Voir queue, maîtrise, pattes )

Si certains chapiteaux du transept portent encore des motifs analogues, d'autres sont historiés. Là, un homme entouré de deux lions dont les pattes de devant reposent
et peut figurer Daniel dans la fosse aux lions ; 

ailleurs, cinq personnages debout, qui tiennent par les bras, semblent mimer une danse.

( C'est la chaîne humaine, la solidarité et l'entraide entre moines de la communauté,  celle-ci les empêchera de se faire dévorer l'âme comme le montre les deux médaillons, où l'on voit les forces viriles léoniennes engoulant leurs âmes. En effet on ne représente pas encore l'enfer à l'époque, on est positif, on cherche à élever l'âme positivement et non par la terreur... Remarquez les dents qui pour une fois ne sont pas en dent de scie, mais plutôt en boules ? Plus loin un chapiteau sera rempli de telles boules,)

Une coupole couvre la croisée ; elle est moderne, comme on peut s'en rendre compte à l'extrados de la voûte, mais les pendentifs sont primitifs.
Des grandes arcades qui supportent cette coupole, les unes, affectent la forme du plein cintre, les autres sont légèrement brisées ; les voûtes en berceau des croisillons en épousent les différents tracés.
La nef elle aussi, reproduit cette disposition : au nord doubleaux du collatéral et grandes arcades sont brisés ; an sud. ils demeurent, en plein cintre. Toutefois, on ne peut envisager une bien grande antériorité d'un côté par rapport à l'autre, mais tout au plus supposer que l'on a commencé par monter les arcs du sud avant ceux du nord. La nef, en effet, est une construction homogène : les piles sont des massifs à ressauts irréguliers, flanqués de colonnes engagées : les bases sont moulurées de deux tores égaux séparés par une gorge.

Les chapiteaux, assez frustes, s'ornent surtout de feuilles plates plutôt esquissées que sculptées, parfois accompagnées de petites figures qui se détachent aux angles de la corbeille.

Les collatéraux, couverts de voûtes d'arêtes, offrent les mêmes caractères, à l'exception d'un ou deux chapiteaux qui portent des sortes de palmettes ou des rangées de dents de scie. Cependant, si le style de cet ensemble est uniforme, le plan, par contre, comme nous l'avons déjà noté, est fort irrégulier. En effet, un décalage très sensible des supports des bas-côtés par rapport aux piles de la nef a entraîné la déformation des travées de ces bas-côtés, déformation encore accrue par le fait que les murs latéraux ne sont pas perpendiculaires au mur de façade, Or, comment peut-on expliquer que l'on ait placé si peu en face les unes des autres les demi-colonnes destinées à recevoir les arcs-doubleaux des collatéraux? L'hypothèse la plus naturelle serait de penser que l'on éleva d'abord  les murs extérieurs, puis les piles, en utilisant peut-être pour celles-ci des fondations antérieures, et que le raccord s'en trouva défectueux ; mais un détail prouve que pareille supposition est en partie inexacte : les demi-colonnes des piles tournées vers les bas-côtés n'ont pas été placées dans l'axe même de ces piles, mais ont été repoussées de manière à racheter le plus possible la déviation. Donc, si dès la plantation des piles, on s'est préoccupé de redresser le gauchissement prévu des arcs-doubleaux, pourquoi n'avoir pas établi l'ensemble de la pile de façon à éviter entièrement ce gauchissement? Or, cela n'était pas possible, étant donné l'espace compris entre le mur de façade et la croisée du transept, car celle-ci eût été rectangulaire et non carrée, ce qui aurait empêché de monter une coupole. En résumé, on est amené à former l'hypothèse qu'après avoir élevé les murs en utilisant ou non des vestiges antérieurs, on établit les piles de manière à laisser la largeur nécessaire au transept, mais en s'efforçant, par le déplacement des demi-colonnes, de redresser un peu l'obliquité des travées des collatéraux.

Le porche qui précède la nef ouvre largement sur celle-ci et forme une petite travée supplémentaire, voûtée, comme le vaisseau central, d'un berceau brisé.
La nef, par son mode d'élévation, par sa décoration, par ses arcs tantôt brisés, tantôt en plein cintre, paraît devoir se placer vers le milieu du XIIe siècle, mais, comme nous l'avons déjà fait remarquer, il est difficile d'admettre que ce soit le même, maître d'œuvre qui s'employa à reconstruire l'église entière; le chœur, en effet, par sa voûte d'ogives encore très primitive, quoique d'une technique déjà recherchée, n'a pu être conçu que par un homme de la nouvelle école, désireux de mettre en pratique les plus récents principes ; la nef, au contraire, bien que très voisine du chœur par la date, sinon contemporaine, est l'œuvre d'un traditionaliste construisant selon la vieille formule du pays : avec son vaisseau central obscur, sa maîtresse voûte en berceau, ses voûtes d'arêtes sur les collatéraux, elle se rattache à la formule de la grande école, encore qu'assez mal définie, qui s'étend au XIIe siècle de Toulouse à Poitiers ; ces deux méthodes de construction méritent d'être soulignées et ajoutent encore à l'intérêt de ce petit prieuré bénédictin.

Extérieur

 A l'extérieur, si ce n'était l'abside, qui n'est pas englobée dans les fortifications, rien ne permettrait, au premier abord, de découvrir l'église romane ; on se trouve en présence d'un énorme cube de pierre, véritable donjon dont les hautes murailles nues ne portent d'autre décoration que les créneaux et les merlons qui en découpent le faîte. Cependant, un examen plus attentif révèle la présence d'étroites fenêtres encadrées de petits contreforts plats qui rappellent, dans la partie basse des murs, que l'on n'est pas uniquement devant une forteresse; enfin, dans la seconde travée du collatéral sud ouvre un petit portail en plein cintre dont le tympan a été arraché et encastré par la suite dans le mur latéral nord du porche.

La sculpture de ce tympan, bien conservée, représente un personnage qui chevauche un lion et, semble-t-il, lutte avec lui. tandis qu'en arrière un arbre sur lequel est perché un oiseau figure probablement la forêt et qu'en face un ange nimbé brandit une croix. Rien, dans les légendes des saints locaux, n'éclaire la signification de cette scène ; peut-être faut-il y voir une corrélation entre l'Ancien et le Nouveau Testament  : Samson et le lion symboliseraient celui-là, l'ange et la croix celui-ci ; quoi qu'il en soit, ce thème iconographique est assez étrange et rare.

(Ce thème est un clin d'oeil à Samson terrassant le dragon. Samson, l'oing de Dieu, qui a vaincu le lion tient sa force de Dieu, mais c'est une femme qui l'a anéanti. L'histoire est developpée au transept de l'église d'AULNAY, le thème de Samson maîtrisant le lion n'est pas rare mais omniprésent!!. Il symbolise le combat spirituel, celui que le moine doit accomplir pour vaincre et dominer la force virile, donc son attirance pour les femmes. Le volatile dans les branches qui sont des rinceaux est un complément qui symbolise  la victoire après les chutes et progrès dans le parcours de la vie spirituelle du moine. L'ange à droite lui montre la croix et les évangiles... il est en train d'exorciser le moine au prise avec son vice, ou bien lui montre la route à suivre ...)

Les murs de l'absidiole sud. sur lesquels se dressent, des contreforts de faible épaisseur, ne portent aucune décoration, pas plus que les étroites fenêtres en plein cintre chargées d'éclairer l'intérieur de cette absidiole. Des modillons à figures, aujourd'hui très détériorés, couronnent le mur, que surmonte la fortification du XIVe siècle.
L'abside polygonale est épaulée de larges contreforts plats qui se prolongent en arcs de décharge et renforcent par là même la partie supérieure du mur; ceux-ci, d'ailleurs, ainsi que le couronnement lui-même, d'un appareil assez différent, semblent résulter de travaux postérieurs. Les fenêtres, en plein cintre, sont ornées aux piédroits, selon le principe adopté déjà à l'intérieur, de colonnettes aux chapiteaux décorés d'entrelacs et aux bases garnies de torsades. Le haut mur de défense passe d'une chapelle à l'autre en s'appuyant sur l'arcade qui sépare l'abside de la travée droite du choeur.

Signalons enfin pour achever la description rapide de l'extérieur un assez large portail en tiers-point, percé au XIV e siècle dans son le mur de la première travée du collatéral nord. Le choix de l'emplacement n'en a peut-être pas été laissé au hasard, car ce portail est situé dans le même axe que la porte de l'ancien cimetière et, en cas d'attaque soudaine, ces deux portes largement ouvertes devaient permettre à la population de se précipiter en masse dans l'église et d'éviter de la sorte un encombrement funeste. Aujourd'hui très détérioré, ce portail est bouché dans toute la hauteur par une assise de briques.
Nous voudrions, pour terminer, montrer les rapports de l'église de Saint-Pierre-Toirac avec les monuments qui l'environnent. Outre le chœur et la nef. qui sont dans l'esprit du pays, l'un par sa croisée d'ogives très caractéristique de celles du midi de la France au milieu du XIIe siècle, l'autre par sa traditionnelle élévation, le plan est bien celui de tout un groupe d'édifices de la région, pour la plupart prieurés bénédictins : aux églises du Bourg, de Montjaux, de Castelnau-Pégayrolles, à la chapelle de Perse, on retrouve un transept plus ou moins débordant, sur les croisillons duquel ouvrent des absidioles, un passage, souvent-bouché par la suite, entre ces absidioles et le choeur,  un choeur d'une seule travée droite terminé par une abside polygonale ou ronde.
L'arcature décorative qui englobe les fenêtres de l'abside et pour entrer davantage dans les détails, ces chapiteaux qui. par leur corbeille et leur tailloir, accusent l'angle du mur auquel ils s'adossent sont aussi un caractère commun à plusieurs églises du Quercy et du Rouergue. Enfin, et surtout, par ses fortifications, l'église de Saint-Pierre-Toirac s'apparente à nombre d'édifices du midi de la France, et plus particulièrement à sa voisine, l'église de Rudelle. entièrement construite au XVe siècle. Elle constitue un des plus intéressants exemples de ces églises transformées ou construites pendant la guerre de Cent ans dans un but défensif, et ses vicissitudes en font à plus d'un titre une véritable page d'histoire locale.

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(1) Gant, de Cajarc, arr. de Figeac, départ, du Loi.
(2) Longnon, Pouittés du diocèse de Cahors, p. 129, 11° 463.
(3) J--A. Delpon, Statistique du Loi, 1S31. 
(4) Denifle, La désolation.des églises... en France, Paris, 1899, in-80, p. 272.
(5) Voir Raymond Rey, Les vieilles églises fortifiées du midi de la France, Paris, 1925, gr. in-8n.
(6) Ce-puits existe toujours; il est situé au milieu du carré du transept.
(7) Le Service des Monuments historiques vient de faire supprimer la sacristie accolée à l'absidiole sud du transept, sacristie qui défigurait le chevet du monument.
(8) V. Lasteyrie, Architecture éthique, t. I, p. 247.
(9) Marcel Aubert,  Les plus Bail, mon., 1934, p. 16.


_________________________ Source du texte:Gallica.bnf.fr  ________________

Faisons parler quelques chapiteaux


Sous un tailloir en marches d'escalier à gravir...
sous des feuilles à 4 pétales, symboles de beauté terrestre 

La feuille creuse

elle est presque toujours nouée comme ici
Remarquez les 4 stries sur l'astragale entrecoupées par des motifs presque ronds.





Mots clés:noeud, feuillages, orientation, quatre, escalier, boule
Le même chapiteau de face
L'"X" de l'interdit a été mis en valeur, il suffit de suivre les extrémités, celle du haut forme une feuille tournée au sol, elle se prolonge par une tige qui fait encore 5 "X" pour se terminer par une feuille dirigée vers le ciel qui emprisonne un creux.

A l'époque ce thème omniprésent parle aux clercs !






La suite :
Les mêmes tiges que sur le chapiteau précédent montent en tresse pour former un entrelacs, duquel des tiges s'échappent pour enfermer la feuille creuse ou bien plutôt la sublimer.

Dans les angles ces tiges forment deux feuilles composées de feuillettes lancéolées, adoubées par  quelque chose qui me fait penser à des pattes de léonins.





Mots clés:entrelacs, feuilles lancéolées, feuille creuse
J'y vois la version primitive style XIe
de l'ensemble des chapiteaux précédents.

Le but à atteindre c'est l'atlante qui supporte l'église et l'Église au figuré, transposé en entrelacs

Le danger représenté par le léonin, la force virile qu'il faut maîtriser
transposé en feuille creuse à mettre en cage.
Deux zones séparées par un texte où l'on peut lire PETRUS (Pierre) et IOAN(E) (Jean)
M probablement pour Marie ou METE pour Mathieu ?
M ETE CITE ?

(Je prend toute suggestion)
Dessus, dans la spiritualité ou bien l'éternité, un entrelacs léché ou bien  nourrissant des léonins. C'est "le but à atteindre" ou bien le contraire: des léonins mangeant le symbole de la vie éternelle.
(Les sculpteurs aiment choquer comme les graphistes !)

Dans le registre inférieur des têtes léonines léchant ( elles aiment) ou crachant ( elles tentent) des feuilles creuses.

Les têtes naissent d'un ensemble de "X"
"le danger ou l'écueil"
La suite sur le chapiteau suivant est aussi à 2 registres

Le danger au dessus avec des têtes diaboliques
La communauté solidaire et unie luttant devant ce danger
 _ les moines se tiennent les uns les autres telle une chaîne humaine classique _
La maîtrise

Le moine tient par ses mains _ses actions _ les barbes qui symbolisent le vieil-homme en lui.
Remarquez à droite le retournement ou conversion intérieure, à droite signe d'évolution.

Cette posture dans la scène classique des mains maîtrisant les vices est pour moi unique.





Mots clés: barbe, vieil-homme, retournement, conversion
Un chapiteau unique en son genre
sans liens apparents avec d'autres chapiteaux..

A.D. mai 2023


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FIN maj: sept 2011_maj janv 2012 plus Album type "JQ" /nov 2013/ janv 2019