L'église de MAURIAC

en Gironde (33)



Photos d'Alain DELIQUET (2023)

Les photos sur ce site peuvent être utilisées exclusivement à des fins non commerciales après autorisation et sous réserve de mentionner la source.

MAURIAC Commune du département de la Gironde canton de BAZAS

 L'ÉGLISE   SAINT-SATURNIN de MAURIAC

 UNE ÉGLISE PLUS  PETITE, DATANT vraisemblablement du XIe siècle, probablement une commanderie templière, dont il reste 
une courte nef et une abside qui composent aujourd'hui le bras Nord du transept et l'absidiole correspondante, a précédé l'édifice actuel ;








La sculpture en est vigoureuse et un peu fruste.



 L'édifice du XIIe siècle comprend une nef brève d'une seule travée en berceau brisé,
 un chœur que prolonge une abside en hémicycle, un bras méridional de transept,



une coupole sur la croisée; celle-ci forme un rectangle curviligne aux coins arrondis et porte sur quatre pendentifs presque plans.
La sculpture du transept et du chœur (Adam et Eve, la pêche des Apôtres, histoire de saint Jean-Baptiste...) offre une parenté certaine avec les grands chantiers du bazadais vers le milieu du XIIe siècle. De la fin de l'époque gothique datent la façade, très restaurée,



la bretèche qui domine le chevet, _ réalisée avec des dalles plates de tombes _




 les fresques de l'absidiole Sud du transept. (XVIe)



 Le clocher disparu, dont subsiste seule la base quadrangulaire au-dessus de la coupole, a été remplacé par un clocher-arcade qui domine la façade.
L'édifice est classé par arrêté du 22 novembre 2021.

____________________ Texte intégral de P.Dubourg-Noves dans "Guyenne Romane"  _ Collection "La nuit des temps" 

Livre épuisé, Édition: ZODIAQUE (La Pierre-qui-vire)

____________________________________________________________________________


Faisons parler les sculptures... ou du moins essayons !

Chapiteau de la nef:

l'aigle - le monde spirituel dans les cieux _ devant le signe du bélier 

Les chapiteaux de la croisée dans la frise en escaliers:
 

Sous un tailloir en damier ou escalier _ symbole de marches à gravir _ une paire de monstres ailés - démons exogènes _  s'embrassent sous un "V".
Ailes et queues en "X" ce n'est pas la voie à suivre...; le chapiteau de droite reprend le thème en le stylisant: un grand "V" _ signe du bélier"
constitué de feuilles lancéolées, se terminent en volutes _ symbole de spiritualité naissante ou à confirmer _

Chapiteau C

Le personnage de gauche montre la maîtrise de ses actes, en effet il contrôle de sa main droite _ symbole des actions sous l'emprise du mauvais_ sa main gauche.

Le deuxième personnage est le premier dédoublé entre celui qui agissait avec sa main gauche au-dessus et celui qui tente de contrôler la situation au dessous. Ce dernier montre qu'il essaie de maîtriser sa marche vers le ciel malgré sa moitiée qu'il doit supporter et qui tente de le dominer par les cheveux _ symbole du vieil-homme, celui dans le péché_ .

Le suivant montre le but à atteindre: la maîtrise réussie, représentée presque toujours par un acrobate _ étymologiquement celui ,qui marche au ciel _ 
Il montre qu'il maîtrise parfaitement ses jambes _ symbole de la marche vers le ciel _
C'est encore pourtant un vieil-homme comme le montre sa barbe bifide collée à l'astragale _ symbole de l'Église _ en effet c'est au moines que le sculpteur s'adresse, à ceux qui officient dans le choeur.
Ce moine en acrobate dirige vers le ciel son postérieur, partie de son corps qui lui est difficile de soumettre....

Chapiteau E

Le sculpteur montre l'origine du problème du moine...;



Jésus tient la main gauche d'Adam, précisément celle qui va pécher dans la scène suivante. A l'époque et encore de nos jours la désobéissance d'Adam et Ève est liée au péché de la chair, ce que montre le sculpteur en mettant l'accent sur leurs sexualités. _ On doit cette transgression du sens biblique originel aux pères de l'Église, puisque selon les textes le fruit défendu est celui de la connaissance, celui qui rend libre et responsable de ses actes l'être humain dans ses choix de vie. Mais à la suite de Saint Paul la chasteté est devenue synonyme de sainteté..._


A gauche Adam en vieil-homme _ moustache et barbe _ se protège le coeur de sa main droite, ou bien protège sa propre pomme d'Adam!!; et saisit le fruit qu' Ève lui offre.
Ève saisit de sa main gauche un fruit, qu'elle sait défendu, et ne désire même pas savoir d'où il vient.
Le serpent _  tentateur associé au péché de la luxure _ est enroulé autour d'un arbre dont les branches sont des fleurs de lys_ symbole de chasteté et pureté _ mais nouées,  
il tient dans sa gueule fort bien humanisée,  la pomme _ symbole du péché originel à connotation sexuelle_ 

N.B.: Fruit en latin se dit poma, raison pour nos moines de représenter une pomme, en orient on préfère une figue.

Chapiteau G


La scène emblématique du début du XIIe,  Samson maîtrisant le léonin _ symbole de la force virile du moine_ En effet l'Église appelle à chaque concile de dominer la sexualité; c'est à dire vivre dans la chasteté pour les moines, _ ils ne doivent pas vivre en concubinage  Ils doivent être purs pour que leurs prières soient entendues, donc efficaces !
Chacun à l'époque sait que Samson _ l'oing de Dieu _ a perdu sa force qui lui venait d'un don de Dieu, trahit par sa maîtresse, et pourtant il avait bien maîtrisé un lion !!

On en profite pour admirer la technique de construction et de navigation d'une barque d'époque, sachant que les voies navigables étaient plus sûres que les voies terrestres, les embarcations devaient être nombreuses pour transporter les marchandises car les chevaux étaient plutôt un luxe réservé aux seigneurs, d'ailleurs les chemins étaient plutôt muletiers.
Ici la barque cache un "V" _ symbole du signe du bélier, celui de la naissance à la vie végétative ou animale, sans spiritualité _. Les "V" se terminent en volutes _ symbole de l'appel à spiritualiser _ 
Le sculpteur montre très intelligemment une scène absurde: deux gouvernails qui s'opposent, et aucun rameur, d'ailleurs il n'y a pas d'eau !!. Il montre deux aspects de l'âme, l'une orientée vers l'animalité au sens large du terme, brutalité, sexualité primaire, bref ce qui freine la vie spirituelle. Ce sont nos deux personnages du chapiteau C, les deux qui voulaient se dominer l'une l'autre. En fait un personnage divisé comme la barbe de l'acrobate ! Dans ces conditions rien n'avance spirituellement. La marche vers le ciel est interrompue jusqu'à ce que le spirituel reprenne la barre.


CHAPITEAU H

Deux volatiles _ symbole de messagers de la spiritualité _ s'abreuvent au calice. Le calice représente le message de l'Église. Le sculpteur montre que grâce aux prières la mission de l'Église est sauvée parce que les moines grâce aux prières et à la grâce divine vont pouvoir continuer leur mission.

Chapiteau F

Deux interprétations sont possibles, et comme les sculpteurs adorent cela, c'est probablement voulu.
D'abord la suite de l'histoire de cette âme divisée: chaque moine connaît l'histoire de Saint-Pierre captif, le chef de l'Église désigné par Jésus, emprisonné à Rome certes, mais surtout délivré grâce aux prières des fidèles. Il s'agit donc d'un appel à prier pour que les moines prisonniers de leurs forces viriles, restent dans le droit chemin, c'est à dire purs. Ils sont indispensables car ils sont médecins des âmes et des corps, et si leurs prières devenaient inefficaces ce serait catastrophique.
Deuxième approche, c'est Pierre, enchaîné, assis sur un banc, pieds nus, à son côté le garde qui somnole, tandis que l'ange de l'autre côté vient le délivrer.
La communauté retrouve la joie et l'espoir, tandis qu'Hérode qui avait fait emprisonner Pierre finit terrassé.
C'est la "bible de pierre" relatant fidèlement le récit de saint-Luc _ Actes XII, 1-18 _  

Chapiteau F(suite) 

A gauche la suite du chapiteau précédent: Saint-Pierre qui retrouve sa chaise d'évêque et sa crosse.

Chapiteau D

Le chapiteau suivant est aussi sujet à deux interprétations qui s'entremêlent.

La suite de l'histoire représente le martyr de Jean-le Baptiste. La scène se passe sous l'augure du signe du bélier en "V". Chaque moine connaît l'histoire tragique de Jean-Baptiste, celui qui a annoncé le Christ, assassiné, il a perdu sa tête au propre et au figuré, à cause d'une femme légère, une danseuse,  à laquelle il déplaisait. 

La version "bible de pierre": on peut voir le glaive du bourreau qui vient de trancher la tête de Jean-Baptiste, ce dernier est maintenu debout par le bourreau. Salomé tient le plat avec la tête, tandis qu'une servante lui remonte les manches, pour ne pas être sanctifiée involontairement ou pour ne pas salir son beau vêtement. Cette scène est relatée par Marc (VI, 17); Mathieu (XIV,3) et Luc (III,19) .

Chapiteau B



Le dernier chapiteau est tout en symbole: il n'y a plu de "V" mais des feuilles toutes surmontées de volutes et le tailloir indique toujours des progrès à accomplir...

Autres chapiteaux remarquables sur les colonnettes des fenêtres :


Des volatiles dans le tailloir. Un personnage dominant les léonins dont les queues sont en "X". C'est la victoire sur les forces viriles.

Sous un tailloir indiquant des épreuves à venir la scène du péché originel.

Une paire de boucs



Le Christ lavant les pieds de l'apôtre Pierre
 « Lavez-vous les pieds les uns les autres » (Jean XIII-1,20). »



Probablement le soutien spirituel du par le moine âgé au plus jeune sous sa protection.

Le même chapiteau, le prieur au dessus, les moines sous ses ailes, l'un encourageant ou corrigeant un moine déjà bien avancé dans la spiritualité, l'autre tirant l'oreille d'un moine encore dans la luxure, représenté par un lapin. _ le moine dans le péché de luxure_



Une âme dans les mains du démon, complètement asservie semble supplier, _ remarquez les cornes de bouc, la chevelure et les poils de ce visage humain qui crie; comme à leur habitude il s'agit du même personnage, stratagème des sculpteurs pour représenter l'intérieur de l'âme _

Le même thème, mais l'âme a cette fois quatre aspects; la partie qui lutte en s'armant d'une pierre, l'autre qui adoube de sa main gauche la droite, laquelle adoube le vice.
Les deux autres montrent le combat spirituel, ici le vice par sa main sur le bras dominé montre que les actions de cette âme sont dirigées par lui et c'est monstrueux!

Remarquez que l'âme dominée n'a pas de jambes...

Plein de symboles, mais n'ayant pas d'explications pour la démesure des manches, dont l'une montre des dents de scie, je n'ai rien à proposer.




Plein de "V" magnifiquement décorés en signe de succès et de fête, des âmes qui se croyaient fortes au vu de leurs ceintures de force, sont sous l'emprise de leurs vices. Ces âmes se font dévorer au propre et au figuré par leurs vices .
N.B. remarquez la chevelure torsadée des vices indiquant l'immatériel.


Le vieil-homme caressant son attribut qui se porte bien
Je n'ai pas d'explication pour la présence déroutante des volutes, sinon quelles sont au nombre de quatre !

Un moine dont les mains _ actions _ sont sous l'emprise des léonins _ la force virile _ est à genou _ sa marche au ciel sera difficile_ 
C'est un tableau classique du XIe.
Remarquez la similitude des bouclettes des crinières avec le chapiteau précédent.


Un moine retient un volatile _ un acquit spirituel _ qu'il vient de perdre, saisi par un quadrupède _ un de ses vice _

Ce chapiteau de la fenêtre axiale du choeur résume le programme iconographique assez fourni de l'église de MAURIAC en Gironde
l'éternel combat spirituel....


Les chapiteaux ont-ils bien parlé !!

_______________________________ Je remercie la personne qui m'a ouvert la porte et

qui a eu la patience d'attendre pendant la séance photos, c'était pourtant pendant le WE pascal. ______________

A.D. Avril 2023

 
Vers l'ALBUM photos de MAURIAC (33)

Retour à l'ART ROMAN

Retour à Belle Saintonge